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Santé mentale

26 mars 2013

Prises au piège

On ne s’en sort pas. Peu importe notre apparence, notre mode de vie ou nos priorités, quelqu’un, quelque part, trouve toujours quelque chose à dire, un jugement à porter, une critique à faire.

Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui.

— Sacha Guitry

Avez-vous remarqué qu’on ne s’en sort pas? Que peu importe notre apparence, notre mode de vie ou nos priorités, quelqu’un, quelque part, trouve toujours quelque chose à en dire, un jugement à porter, une critique à faire?

Prenez la question du poids, par exemple. D’une part on nous abreuve d’informations alarmantes au sujet de l’obésité, qui, doit-on tout de même le rappeler, est en passe de devenir un véritable fléau. Plus moyen de manger une crème glacée sans se morfondre de culpabilité. Plus question de tomber dans les chips sans avoir l’impression de commettre un crime de lèse-majesté. Car à écouter parler les éminents docteurs, le chocolat et les hamburgers menacent notre santé cardio-vasculaire, et le beurre sur nos rôties nous envoie à la morgue dans le temps de le dire. Mais si ce n’était que ça! Il nous suffit de prendre 10 kg pour devenir un paria dans le monde de la mode, et nous retrouver persona non grata dans les boutiques les plus élégantes de la ville.

Pour compliquer un peu les choses, on nous apprend aussi que les régimes sont dangereux, que les boissons hypocaloriques favorisent l’ostéoporose, que les opérations de chirurgie bariatrique peuvent vous tuer et que finalement, on peut être obèse et en santé. Avouez qu’il y a de quoi en perdre son latin!

Par ailleurs, si vous êtes de celles qui au contraire poursuivent la minceur avec rigueur, attendez-vous à déclencher des tollés de protestations en tout genre. Les gardiennes farouches de l’image des femmes vous accuseront de suivre aveuglément les diktats de la mode, de tomber dans le piège des magazines féminins, d’être superficielle et obsédée par votre apparence. Bref, que vous choisissiez au menu du restaurant les profiteroles ou la salade de fruits, on vous regardera de travers.

Je constate qu’au cours d’une même semaine, et parfois même d’une seule journée, nous sommes soumises à des discours contraires qui nous laissent inquiètes et dubitatives. Pas plus tard que la semaine dernière, un grand quotidien publiait un article sur l’importance de la gestion du stress. On pouvait y apprendre qu’une anxiété envahissante et mal contrôlée faisait assurément vieillir à la vitesse grand V. À ce compte-là, je dois bien être âgée d’au moins 125 ans au moment où j’écris ces lignes! Moi qui souffre depuis toujours du syndrome d’anxiété généralisée et qui peine à contrôler mes angoisses, voilà de quoi me sentir pour le moins concernée!

Quelques jours après m’avoir appris que mon stress chronique allait me précipiter dans la mort avant mon temps, le même journal me donnait des trucs et astuces pour gagner la course effrénée à la performance en plus de dénoncer, quelques pages plus loin, l’usage des anxiolytiques. Allez donc y comprendre quelque chose!

Quant à la question de l’esthétique, les opinions contradictoires que soulève le sujet sont tout aussi déconcertantes. On vous accuse de vous laisser aller dès l’apparition de votre première ride et on contemple avec mépris l’affaissement de votre ovale pour vous critiquer ensuite quand vous prenez le taureau par les cornes. Bref, on ne vous pardonne pas de paraître votre âge, mais on vous cloue au pilori parce que vous vous tournez vers le Botox.

En voulez-vous d’autres? Ce n’est pas le choix qui manque. Que penser des critiques que suscitent tant les mères au travail que celles qui décident de rester à la maison pour élever leur progéniture? Les premières sont accusées de négliger leurs enfants, et les secondes d’être ennuyantes et non productives. Et que dire des jugements portés à l’endroit de celles qui roulent à fond de train dans leur carrière, animées par l’ambition? Elles ne sont aux yeux d’une certaine école de pensée que des arrivistes finies, tandis que les femmes qui privilégient plutôt leur vie personnelle passent pour des fainéantes et des loosers de la pire espèce. Non, mais, qu’on se branche, à la fin. Si on ne nous prend pas pour des folles, c’est à coup sûr que nous allons le devenir! Soyons réalistes. Nous n’avons aucune chance de gagner à ce petit jeu parce qu’on en change sans cesse les règles sans préavis, et que les dés sont pipés.

Lorsque j’ai finalement compris qu’il est impossible de plaire à tout le monde, je me suis sentie saisie d’un grand sentiment de liberté. L’âge et l’expérience aidant, j’ai fini par prendre le parti de mon propre bonheur et par me contrebalancer des qu’en-dira-t-on.

Qu’on se le dise, le jour où j’accepterai qu’on me dicte quoi penser, quoi dire et comment être, les poules auront des dents.

Dominique Bertrand est aussi l’auteure de Démaquillée, livre autobiographique où elle se livre en toute humanité, et du livre Le pot au rose, son premier roman, dans lequel elle nous invite à plonger dans l'univers savoureux de Florence.

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