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Travail et retraite

21 mai 2013

La règle du 10-10-10

La solution à un problème est souvent en nous. Tout dépend de nos priorités et de la gravité des conséquences de nos choix. Pour y voir plus clair, Dominique Bertrand a proposé à son amie Sylvie la règle du 10-10-10.

Prévoir, c’est à la fois supputer l’avenir et le préparer; prévoir, c’est déjà agir. — Henri Fayol

Mon amie Sylvie se faisait déjà une joie d’assister, ce soir-là, à la pièce de théâtre mise en scène par la classe de sa fille Alice, neuf ans, d’autant plus que la petite y tenait le rôle principal, et qu’elle avait œuvré d’arrache-pied toute l’année, avec ses camarades, pour que cette production scolaire soit des plus réussies. D’ailleurs, les parents de tous les autres élèves s’étaient aussi empressés de confirmer leur présence auprès du professeur dès qu’il avait lancé les invitations officielles, fiers qu’ils étaient de soutenir le talent de leur progéniture.

Or, vers 16 h, cet après-midi-là, Sylvie fut convoquée par son patron. Celui-ci, aux prises avec un problème requérant une solution rapide, lui demanda de passer la soirée au bureau afin de travailler sur l’épineux dossier. Sylvie se retrouvait donc devant un dilemme auquel elle ne voyait pas d’issue. Affolée tant à l’idée de décevoir sa fille qu’à la perspective de contrarier son supérieur, elle me téléphona pour savoir si, par hasard, je n’aurais pas une solution toute prête à lui soumettre.

«La solution à ton problème est en toi, lui répondis-je. Tout dépend de tes priorités et de la gravité des conséquences de ton choix. Pour t’aider à y voir plus clair, je te suggère d’utiliser la règle du 10-10-10.»

«Le 10-10-10», reprit Sylvie, dubitative, en se demandant ce que pouvait bien être cette règle dont elle n’avait jamais entendu parler.

«C’est simple, expliquai-je. Tu divises une feuille de papier en deux, et tu y inscris les solutions qui s’offrent à toi, en te demandant quelles en seraient les conséquences dans 10 minutes, dans 10 mois et dans 10 ans.

«Bref, ajoutai-je afin de préciser davantage en quoi consistait l’exercice, si par exemple tu choisis de répondre aux attentes de ton patron, et donc, par conséquent, de ne pas assister au spectacle de ta fille, quelles seront les répercussions de ta décision à court, moyen et long terme? Cela devrait t’aider à orienter ta réflexion.»

«Ce qui est sûr, me dit Sylvie, c’est que si je n’assiste pas à la représentation d’Alice, elle aura le cœur brisé et moi aussi. Les conséquences de cette option sont assez faciles à prévoir : dans dix minutes elle pleurera à chaudes larmes et moi aussi, dans dix mois elle ne manquera pas une occasion de me remettre mon absence sur le nez, sans compter que je filerai cheap quand, en visionnant la vidéo de la pièce de théâtre, tout le monde me dira, y compris mon mari : "Ah! Oui, c’est la fois où tu brillais par ton absence." Et puis dans dix ans, les conséquences possibles ne seront pas plus reluisantes : Alice pourrait bien aller raconter chez un psy à quel point elle a eu, ce soir-là, l’impression de compter pour des prunes à mes yeux.

«D’un autre côté, poursuivit Sylvie dans un soupir, si je refuse de faires les heures supplémentaires que me demande mon patron, dans 10 minutes il se montrera vraiment mécontent, mais il mandatera sur le champ une autre collègue pour faire le travail à ma place, dans 10 mois il se pourrait qu’il me reproche ma décision au cours de mon évaluation annuelle et que j’écope d’un maigre 7/10 dans la colonne disponibilité, tandis que dans 10 ans, personne ne se souviendra de tout ça et mon boss sera à la retraite.»

«Et si tu risquais de perdre ton travail pour insubordination, demandais-je à Sylvie, quelle serait alors ta décision?» «À regret, répondit-elle, je me résoudrais à ne pas assister à la performance d’Alice dans Le malade imaginaire. Parce que tu peux me croire, en apprenant que je suis chômeuse pour avoir choisi d’aller la voir camper Argan, dans 10 minutes Alice pleurerait à chaudes larmes et moi aussi, dans 10 mois je serais peut-être encore en recherche d’emploi, et Alice se sentirait archicoupable de la situation, tandis que dans 10 ans elle pourrait bien aller raconter chez un psy à quel point elle a eu, ce soir-là, la certitude d’avoir une mère dénuée de jugement.»

«C’est bien, rétorquai-je. Maintenant tu sais quoi faire.»

Dominique Bertrand est aussi l’auteure de Démaquillée, livre autobiographique où elle se livre en toute humanité, et du livre Le pot au rose, son premier roman, dans lequel elle nous invite à plonger dans l'univers savoureux de Florence.

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