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Vie financière

20 mars 2013

Les enfants et l’épargne : quand le rendement se calcule en gomme balloune…

Avec les taux d’intérêt particulièrement bas, les effets sur le rendement des comptes jeunesse se font bien sentir. Comment favoriser l’apprentissage de l’épargne aux enfants malgré cela?<

Il y a maintenant deux ans, j’étais tout content d’accompagner mon fils dans une succursale bancaire afin qu’il puisse ouvrir son premier compte. Il devait avoir 9 ans et nous l’avions convaincu de consolider les quelques cadeaux de Noël qu’il avait reçus et d’en faire son premier dépôt. La somme n’avait rien d’extravagant, mais nous étions surtout heureux de lui inculquer la notion de l’épargne : mettre de l’argent de côté pour pouvoir s’en servir plus tard -- idéalement après avoir profité d’un peu de croissance…

Nous voilà deux ans plus tard : une lettre de la banque nous attend à la maison. Adressée à mon fils, celle-ci l’informe qu’après deux ans d’inactivité, le compte est entré en état de «dormance» et qu’il faudra passer en succursale pour le réactiver. D’une certaine manière, c’est une bonne nouvelle : cela veut dire que fiston a été particulièrement raisonnable et qu’il s’est bien gardé d’aller piger dans son épargne. Je me suis d’ailleurs empressé de lui souligner : «Tu te souviens du compte de banque qu’on était allé t’ouvrir? Hé bien félicitations, cela fait deux ans que tu laisses ton argent de côté!»

Le problème m’attendait à la phrase suivante : «…et grâce à ta patience, tu as pu faire… non mais attends un peu… finalement, sur deux ans, ça te donne assez d’intérêts pour t’acheter une gomme Bazooka.»

En plus de me regarder avec une certaine incrédulité — «c’est quoi cette gomme-là?!» — disons qu’il n’était pas particulièrement impressionné.

Et je le comprends. Essentiellement, ce que je lui disais, c’est que la récompense qu’il obtenait pour s’être retenu de s’acheter le machin électronique de son choix, c’était trois fois rien. Est-ce que ça valait vraiment la peine?

Plus je réfléchis à cet épisode, plus j’ai l’impression que nous sommes passés à côté d’une belle occasion. La vérité, c’est que j’avais l’ambition de faire plus que simplement initier mon fils à l’épargne : j’avais aussi envie de lui donner le goût de s’intéresser à la notion d’investissement.

En effet, je me rends compte que je suis un peu agacé par le lien qui se fait presque immédiatement dans l’esprit d’un enfant entre l’argent et la consommation, comme si la fonction première d’un dollar était uniquement de servir à faire un achat. Faut-il absolument que la conclusion d’une démarche d’épargne se trouve dans l’acquisition d’un objet convoité depuis longtemps?

Ainsi, le défi le plus grand, je trouve, quand vient le temps de parler argent avec mon fils, c’est de lui faire valoir l’idée que l’argent épargné peut servir à autre chose que financer plus tard une consommation plus abondante. J’aimerais qu’il puisse aussi considérer qu’avec temps et discipline, l’épargne peut être un levier pour «créer» d’autre richesse, pour réaliser des projets spéciaux — bref, que l’argent ne sert pas juste à acheter.

De ce point de vue, la période de taux d’intérêt particulièrement bas que nous traversons en ce moment —  et l’impact direct que cela a sur la performance des comptes jeunesse à intérêt quotidien — sert bien mal la cause de l’apprentissage de l’épargne et de l’investissement chez les enfants.

D’où cette question bien simple : et alors, on fait quoi?

Personnellement, ce petit épisode m’a fait beaucoup réfléchir et m’a convaincu de passer à l’action : tout en laissant l’argent bien en sécurité là où il est, je vais inviter mon fils à se créer un mini-portefeuille fictif d’investissements correspondants à la valeur de ce qu’il a en banque. L’idée : l’amener à s’intéresser au fonctionnement du système financier, à la différence entre les fonds et les actions, à la notion de risque, etc. En allant sur le site www.lesaffaires.com/bourse/mon-portefeuille, on pourra justement lui créer un profil qui nous permettra de suivre à travers le temps l’évolution de ce portefeuille fictif.

Si je réussis à gagner son attention(!), je m’engage à lui verser annuellement la différence entre la valeur de son portefeuille et celle de son compte en banque. Le rendement sera donc mon «cadeau». Et si cette façon de faire le convainc de placer les prochains dollars qui lui tomberont sous la main dans son «compte» plutôt que dans le tiroir-caisse d’un magasin… je lui paie la gomme en prime!

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