Il est difficile de croire que tout récemment, les gens ne se faisaient plus couper les cheveux ou visionnaient en rafale Au royaume des fauves (« Tiger King ») sur Netflix.

Au début de l’année, les régimes à prestations déterminées (PD) avaient atteint des niveaux de provisionnement records et de nombreux promoteurs envisageaient de réduire les risques liés à leur régime de retraite.

Quelques mois plus tard, le nouveau coronavirus bouleversait la planète.

Nous sommes en mai et alors que j’écris cet article, les promoteurs sont nombreux à reprendre leur souffle et à se demander si leur régime PD l’a échappé belle. Les niveaux de provisionnement ont connu une reprise marquée en avril après une chute brutale en mars. Et même s’ils sont toujours inférieurs à ceux du début de l’année, beaucoup de régimes PD se rapprochent à nouveau du plein provisionnement.

Certains promoteurs se demandent aussi s’il serait maintenant temps de réduire les risques liés à leur régime et la volatilité de leur niveau de provisionnement. Après tout, personne ne sait comment les marchés évolueront. Voici quelques idées à considérer pour ceux qui sont prêts à débarquer de ces montagnes russes.

Évaluez votre niveau de provisionnement actuel. La première étape pour bon nombre de promoteurs sera d’évaluer le niveau de provisionnement actuel de leur régime. Le régime PD type a rebondi en avril, mais chaque régime a des caractéristiques différentes. Et les marchés évoluent rapidement. Vous pourrez mieux évaluer vos options si vous avez une idée de votre niveau de provisionnement actuel.

Revoyez votre stratégie de réduction des risques. Dans certains régimes PD, on n’apparie pas les actifs et les passifs dans l’espoir d’obtenir des rendements excédentaires. Ces rendements excédentaires peuvent être utilisés pour payer les prestations de retraite, ce qui réduit le coût des régimes PD.

Malheureusement, cette stratégie n’a pas été payante au cours des 20 dernières années. D’après Statistique Canada, les promoteurs de régime canadiens ont versé près de 158 milliards de dollars pour éponger les déficits de leurs régimes PD entre 1999 et 2018. Pourtant, quand on examine l’indice Mercer sur la santé financière des régimes de retraite pour la même période, le niveau de provisionnement des régimes de retraite n’a pas augmenté de façon importante.

Ce résultat n’est peut-être pas surprenant étant donné que des événements uniques semblent se produire tous les 10 ans : effondrement technologique de 2001, crise financière mondiale de 2007-2008 et pandémie de coronavirus de 2020. Ces événements ont une incidence spectaculaire sur les marchés financiers et rendent difficile l’obtention de rendements excédentaires.

Les promoteurs devraient tenir compte de ce nouveau niveau d’incertitude quand ils réfléchissent à leurs stratégies de gestion des risques associés à leur régime. Pour bon nombre d’entre eux, il est peut-être temps de prendre moins de risques.

Envisagez de mieux apparier les placements. Une façon de prendre moins de risques dans un régime PD est d’échanger certains instruments axés sur le rendement pour des  instruments de couverture. Les niveaux de provisionnement des régimes PD constitués en grande partie d’instruments de couverture sont demeurés sensiblement constants au cours des derniers mois. Ces promoteurs ont été capables de se concentrer sur leurs activités principales sans avoir à se soucier de la sécurité des prestations de leurs participants.

Pensez-y à deux fois avant de choisir des obligations à gestion passive. Il y a beaucoup d’incertitude sur les marchés à l’heure actuelle et certains économistes prédisent que les taux d’intérêt resteront bas encore très longtemps. Dans ce contexte, il pourrait être utile d’envisager des obligations à gestion active plutôt que des obligations à gestion passive.

Envisagez un transfert des risques. L’achat de rentes est une autre façon de réduire les risques. Les rentes couvrent parfaitement le passif et éliminent les risques de placement et de longévité.

La bonne nouvelle est que les rentes sont actuellement en solde par rapport aux portefeuilles obligataires de bien des promoteurs de régime. C’est-à-dire que beaucoup de portefeuilles obligataires ont pris de la valeur par rapport au prix des rentes depuis le début de l’année. Il faut donc moins d’obligations pour acheter une rente, ce qui crée de la valeur pour le régime PD.

Les promoteurs dont les régimes sont sous-provisionnés et qui souhaiteraient acheter des rentes peuvent toujours opter pour des rentes sans rachat des engagements. Ces rentes ont certaines caractéristiques utiles dans le contexte actuel. Par exemple, elles n’exigent pas de règlement comptable ni de cotisations spéciales. Par ailleurs, les rentes sans rachat des engagements ne sont pas visées par la suspension temporaire des achats de rentes du Bureau du surintendant des institutions financières pour les régimes sous réglementation fédérale.

Durant une crise, les promoteurs ont déjà assez de soucis sans avoir à se préoccuper des niveaux de provisionnement et de la sécurité des prestations des participants. C’est le moment idéal pour eux de revoir leur gestion des risques et de chercher des options qui réduiront les risques liés à leur régime de retraite. Ainsi, la prochaine fois qu’un événement unique surviendra, ils pourront se concentrer sur leurs activités principales et moins s’en faire au sujet de leur régime.

La version originale de cet article a été publiée en anglais par le Canadian Investment Review, le 26 mai 2020.