L’état actuel du marché canadien du transfert des risques liés aux régimes de retraite

07 octobre 2024

Brent Simmons, vice-président principal et chef, solutions prestations déterminées, s'entretient avec le cabinet de conseil en gestion des risques de retraite BCG Pension Risk Consultants I BCG Penbridge ("BCG") dans cet article récent. Brent passe en revue les principales tendances du marché et fournit une perspective sur la croissance du marché canadien du transfert de risque de retraite au cours des 16 dernières années. Brent fournit également une comparaison intéressante de la tarification des rentes collectives au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, soulignant la compétitivité du marché canadien.

BCG : La Sun Life est un joueur actif du marché canadien du transfert des risques liés aux régimes de retraite depuis plus de 15 ans. Pouvez-vous nous parler de l’expérience de la Sun Life sur le marché?

B. Simmons : La Sun Life a la chance d’être le chef de file du marché canadien du transfert des risques liés aux régimes de retraite depuis 16 ans, avec une part de marché moyenne d’environ 35 %. Au cours de cette période, nous avons réalisé environ 21 milliards de dollars CA en primes de rentes collectives et nous sommes maintenant responsables des rentes mensuelles de plus de 125 000 rentiers. Nous sommes fiers d’aider tant de Canadiens à atteindre une sécurité financière durable.

Un des facteurs qui a contribué à notre réussite est que nous mettons l’accent sur l’innovation. Nous avons une équipe très talentueuse et nous avons souvent pu créer de nouvelles solutions pour résoudre des problèmes complexes liés aux régimes à prestations déterminées de Clients. La créativité et l’expertise de Gestion SLC (notre gestionnaire de placements affilié) ont joué un rôle clé dans la mise en œuvre d’un grand nombre de ces solutions.

Nous avons également investi dans la formation. Lorsque nous nous sommes lancés dans le transfert des risques liés aux régimes de retraite il y a 16 ans, très peu d’intervenants – consultants, promoteurs de régime et organismes de réglementation – avaient compris que les rentes collectives pouvaient constituer un outil proactif de réduction des risques. Grâce à des initiatives de formation, nous avons fait de la sensibilisation et contribué à créer un écosystème de transfert des risques sain avec des participants très engagés.

BCG : Pouvez-vous donner un peu de contexte sur le marché canadien du transfert des risques liés aux régimes de retraite à nos lecteurs qui ne le connaissent peut-être pas? Qu’en est-il notamment de la taille actuelle du marché canadien des régimes à prestations déterminées?

B. Simmons : Le marché canadien du transfert des risques liés aux régimes de retraite est beaucoup plus restreint que les marchés américain et britannique. Le passage des régimes à prestations déterminées (PD) aux régimes à cotisations déterminées s’est fait plus lentement au Canada qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni. Cela signifie que nos régimes PD fermés ne sont souvent pas aussi matures que dans d’autres régions du monde et ne sont pas nécessairement abordés avec la même perspective historique. Avant 2013, le marché des rentes collectives représentait environ 1 milliard de dollars CA par an. La plupart des transactions portaient sur des régimes de retraite en cours de liquidation qui n’avaient d’autre choix que de régler leurs prestations.

En 2023, le marché s’élevait à un peu moins de 8 milliards de dollars CA. La croissance provient en grande partie de régimes de retraite qui achètent des rentes de manière proactive afin d’atténuer les risques. Comme aux États-Unis et au Royaume-Uni, de nombreuses entreprises canadiennes ont décidé qu’elles ne voulaient pas s’occuper des régimes PD et qu’elles préféraient consacrer leur temps à leurs activités principales. Acheter des rentes est une solution utile puisque cela permet de transférer le risque et la responsabilité des régimes PD à un assureur.

En outre, nous constatons que la taille des transactions augmente. Il y a dix ans, une transaction de 100 millions de dollars CA aurait été remarquable. Aujourd’hui, ce sont les opérations de 1 milliard qui se distinguent. De manière générale, l’écosystème des régimes de retraite ressemble beaucoup à celui des États-Unis et du Royaume-Uni. Les transactions se font presque toujours par l’intermédiaire d’un consultant en régimes de retraite, qui prépare un appel d’offres pour le compte d’un promoteur de régime de retraite et qui dirige le processus d’appel d’offres le jour de la soumission. Comme aux États-Unis, les assureurs soumettent leurs offres le matin du jour de la soumission et le promoteur choisit l’assureur gagnant à la fin de la journée.

Comme aux États-Unis et au Royaume-Uni, la gouvernance des régimes de retraite est un élément clé du processus de transfert des risques. Les réunions des comités de retraite sont souvent trimestrielles et la décision d’acheter des rentes est prise après mûre réflexion. Parfois, le statu quo l’emporte.

En ce qui concerne la taille actuelle du marché canadien des régimes PD, à la fin de l’année 2023, elle était estimée à 1,6 billion de dollars CA (pour ce qui est des actifs des régimes). Toutefois, une grande partie de ces actifs est détenue par de grands régimes de retraite conjoints qui sont peu susceptibles d’acheter des rentes. Nous estimons que le marché potentiel du transfert des risques liés aux régimes de retraite est de l’ordre de 500 milliards de dollars CA.

BCG : Il semble qu’il y ait beaucoup de ressemblances entre les marchés canadien et américain. Quelles différences souligneriez-vous?

B. Simmons : Du point de vue des produits, les rentes sans rachat des engagements sont beaucoup plus populaires au Canada qu’aux États-Unis. En fait, au cours des dix dernières années, le marché canadien a été composé à 50 % de rentes sans rachat des engagements et à 50 % de rentes avec rachat des engagements. Cela s’explique en partie par le fait qu’une seule province canadienne détient l’équivalent des primes de la PBGC. Cela signifie qu’il n’y a pas la même incitation financière qu’aux États-Unis à retirer les engagements du bilan par un rachat de ceux-ci.

Du point de vue de la structuration, depuis longtemps au Canada, les transactions sont divisées en tranches qui sont attribuées à différents assureurs. Par conséquent, les assureurs n’ont pas eu autant besoin qu’aux États-Unis de faire souscrire des mégacontrats. Cela signifie que les assureurs canadiens ont pu réaliser chaque année de nombreuses petites transactions et créer des portefeuilles plus diversifiés. Du point de vue de la réassurance, la réglementation canadienne est plus contraignante que celle des États-Unis. Cela signifie qu’il n’y a pas les mêmes possibilités de créer de la valeur en réassurant des affaires à l’étranger. Par conséquent, la réassurance de longévité et la réassurance financée ne sont pas couramment utilisées au Canada.

La dernière différence à signaler est que la tarification des rentes collectives au Canada semble plus concurrentielle qu’aux États-Unis ou au Royaume-Uni.

BCG : Pouvez-vous nous en dire plus sur la compétitivité des prix au Canada?

B. Simmons : Absolument. Un des moyens de comparer la tarification des rentes collectives est d’examiner l’écart qui est implicitement pris en compte dans la prime. Au Canada, l’écart est d’environ 150 points de base par rapport aux obligations fédérales canadiennes1. Aux États-Unis, il est de 120 points de base par rapport aux valeurs du Trésor2 et au Royaume-Uni, il est de 25 points de base par rapport aux obligations d’État3. Nous pouvons considérer cet écart comme le rendement non exempt de risque qu’un assureur transmet au promoteur du régime pour réaliser la vente. Plus l’écart est important, plus la rente semble intéressante par rapport à d’autres solutions telles qu’un portefeuille de titres à revenu fixe sur mesure.

Ainsi, un assureur canadien doit obtenir des rendements plus élevés de son portefeuille d’actifs et/ou partager une plus grande proportion de ces rendements avec le régime de retraite qu’un assureur américain ou britannique. Je me concentre ici sur un indicateur – il y a de nombreuses autres façons de comparer les prix. Et bien sûr, la rentabilité est plus difficile à comparer compte tenu des différentes règles en matière de capital et des différentes possibilités de réassurance à l’étranger.

BCG : Vous avez mentionné que l’innovation a été un élément clé qui a permis à la Sun Life d’être le chef de file du marché au Canada depuis 16 ans. Pouvez-vous donner quelques exemples d’innovation?

B. Simmons  : Comme nous l’avons mentionné, les seuls régimes de retraite qui, par le passé, achetaient des rentes étaient des régimes en cours de liquidation qui avaient besoin de transférer leurs engagements à un assureur. En discutant avec des clients et des consultants, nous nous sommes rendu compte que des solutions différentes étaient nécessaires. Voici quelques exemples :

  • 2009 : première rente sans rachat des engagements « moderne »
  • 2013 : premier transfert d’actifs en nature
  • 2013 : première rente indexée sur l’inflation
  • 2016 : première rente pour des participants actifs
  • 2021 : premier contrat qui concernait principalement des participants avec une rente différée

Je suis heureux que la Sun Life ait pu créer ces solutions pour répondre aux besoins des Clients. Je suis certain que nous verrons d’autres innovations dans les années à venir.

BCG : Dans le bulletin de BCG du mois dernier, nous avons publié un article sur les tendances actuelles en matière d’affectation de l’actif dans le domaine du transfert des risques liés aux régimes de retraite. Y a-t-il des faits que vous avez trouvés surprenants ou dignes d’intérêt dans l’article ou le sondage connexe?

B. Simmons : C’est un article très bien écrit et fascinant. Un grand nombre des observations faites dans l’article correspondent à mon expérience au Canada. Nous travaillons avec les mêmes caractéristiques de passif et de flux de trésorerie que celles décrites dans l’article et, comme aux États-Unis, l’optimisation des rendements rajustés du capital est très importante. Par conséquent, notre portefeuille canadien de transfert des risques liés aux régimes de retraite contient une forte proportion de placements privés et publics à revenu fixe.

Un fait tiré de l’article qui m’a surpris est que deux assureurs américains affectent 7 à 10 % de leurs portefeuilles à des placements à revenu non fixe. Les exigences canadiennes en matière de capital rendraient cette solution peu attrayante.

BCG : Dernier point, le marché canadien du transfert des risques liés aux régimes de retraite continue d’enregistrer un volume record. Pouvez-vous nous parler de la capacité des assureurs?

B. Simmons : Au cours des dix dernières années, la demande du marché a généralement été inférieure à la capacité des assureurs. Comme nous l’avons mentionné, nous avons observé des prix très attrayants pour les régimes de retraite, la plupart des transactions ayant cinq à sept assureurs intéressés. Cette année, des ententes représentant 18 milliards de dollars CA sont en discussion, ce qui est plus que le double des 8 milliards de dollars CA du marché récent. Toutes les transactions ne se concrétiseront pas, mais il semble que nous nous dirigions vers une année record. Dans ces circonstances, il devient de plus en plus important d’attirer l’attention des assureurs dès le début du processus de soumission.

Comme aux États-Unis et au Royaume-Uni, nous sommes peut-être à un tournant où la capacité des ressources humaines – chez les assureurs et les consultants – commence à avoir une incidence sur le marché. Cela pourrait se traduire par une limitation du nombre de transactions sur le marché et une réduction du nombre d’assureurs soumissionnant pour chaque transaction.

Au Canada, l’écosystème du transfert des risques liés aux régimes de retraite est très collaboratif et compte de nombreux talents. Je suis convaincu qu’en travaillant ensemble, nous pourrons relever ces défis et continuer à servir nos Clients sur un marché concurrentiel.

Cet article est apparu pour la première fois dans l'édition d'août 2024 de la série Spotlight de BCG, une publication de BCG Pension Insider.

1 30 juin 2024, écart selon le taux de rente approximatif (durée moyenne) publié par l’Institut canadien des actuaires.

2 L’écart moyen par rapport aux valeurs du Trésor pour les offres gagnantes de placement de rentes de BCG (n=79) pour l’année se terminant le 31 décembre 2023 est de 120 points de base.

Données sur le transfert des risques liés aux régimes de retraite de Lane Clark & Peacock LLP publiées en juin 2024.

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