Le diabète est une maladie qui peut imposer une lourde charge émotive, autant pour les personnes atteintes que pour les membres de leur famille. Et les personnes diabétiques doivent continuellement penser à gérer leur maladie. Sur le plan psychologique, elles peuvent vivre beaucoup d’insécurité. Par conséquent, il leur arrive :

  • de vérifier leur glycémie trop souvent;
  • de toujours être à l’affût de nouvelles complications;
  • de s’inquiéter des répercussions du diabète sur leur vie personnelle et professionnelle.

Valérie S. Legendre est psychologue clinicienne et conseillère principale en santé mentale de Gestion invalidité et règlements vie et Gestion santé intégrée pour l’Est du Canada à la Sun Life. Selon elle, le diabète peut grandement influencer le bien-être émotionnel et mental d’une personne. Elle examine ici les effets psychologiques du diabète et leur traitement.

Comment le diabète influence-t-il votre humeur?

Les problèmes psychologiques associés au diabète doivent être distingués des troubles de la santé mentale. Pour la plupart, ils découlent directement de la maladie elle-même. Pour comprendre ces problèmes, des chercheurs ont mené une étude dans 17 pays, dans laquelle ils se sont penchés sur le diabète et sa relation avec la dépression1. Il en est ressorti le concept de « détresse liée au diabète ». L’étude a mis en évidence trois principaux problèmes émotionnels causés par la vie avec le diabète : la dysphorie, l’anxiété et l’irritabilité.

  • La dysphorie se manifeste par des sentiments d’insatisfaction, d’apathie, de perte d’intérêt, de malaise et de tristesse. Ces sentiments peuvent être légers et temporaires, ou plus graves et à long terme. Lorsque la dysphorie est intense et dure assez longtemps, elle peut mener à un trouble dépressif majeur.
  • L’anxiété, quant à elle, est souvent liée à la peur de l’hypoglycémie et des complications. L’hypoglycémie survient quand la glycémie descend dangereusement bas. C’est une expérience troublante qui peut entraîner beaucoup d’inquiétude et d’anxiété, surtout au sujet du risque d’hypoglycémie nocturne.
  • Enfin, les exigences de la gestion du diabète et des soins du diabète peuvent entraîner de l’irritabilité.

Qu’est-ce que l’épuisement diabétique?

Les personnes atteintes de diabète doivent souvent apporter des changements importants à leur style de vie. Selon des études, la plupart des personnes diabétiques ressentent des craintes et des sentiments négatifs à un moment ou à un autre2. Ce fardeau émotionnel peut entraîner un « épuisement diabétique », l’une des complications psychologiques les plus graves de la maladie.

L’épuisement diabétique peut faire en sorte que les personnes atteintes ressentent une profonde impuissance et un désespoir intense. Voici quelques signes à surveiller :

  • surveillance déficiente de la glycémie,
  • réduction ou arrêt des injections d’insuline,
  • diminution de l’attention portée à l’alimentation,
  • arrêt de l’activité physique,
  • tentative d’ignorer ou d’oublier le diabète.

En plus de la détresse liée au diabète, des études récentes montrent que les personnes diabétiques courent un risque accru de maladie mentale par rapport aux personnes sans maladie chronique. Plusieurs facteurs expliquent ce risque accru, par exemple :

  • Certaines études montrent que le traitement pharmacologique des maladies mentales peut faire augmenter le risque de diabète.
  • Les changements biochimiques causés par la maladie mentale elle-même peuvent avoir un effet.
  • Enfin, tout comme les personnes souffrant de maladies mentales, les personnes diabétiques doivent changer considérablement leur style de vie. Cela peut avoir un effet négatif sur leur santé en général.

Quel est le lien entre le diabète et la dépression?

Les personnes diabétiques courent un risque près de 30 % plus élevé que le reste de la population de présenter des symptômes de dépression. Environ 10 % vivront une dépression grave, qu’on appelle trouble dépressif majeur.

Le fait de devoir s’administrer de l’insuline est le principal facteur de risque de dépression, pour tous les types de diabète. Cela dit, d’autres facteurs jouent un rôle :

  • le mauvais contrôle de la glycémie,
  • le fait d’être diabétique depuis longtemps,
  • la pauvreté,
  • le manque de soutien social,
  • les complications à long terme.

Chez les personnes dont le principal diagnostic est la dépression, il y a quand même un lien avec le diabète. Lorsqu’une personne est dépressive, son risque de développer un diabète de type 2 augmente de près de 60 %. Les personnes souffrant de dépression ont souvent tendance à être inactives ou en surpoids, ou à vivre du stress - des facteurs de risque de diabète.

Le diabète peut-il causer de l’anxiété?

La nécessité de modifier son style de vie à cause du diabète peut aussi faire augmenter l’anxiété et les inquiétudes. Dans certains cas, cette anxiété peut devenir grave et envahissante. Les troubles anxieux sont un problème de santé mentale fréquent chez les personnes diabétiques. Selon une étude, environ 14 % des personnes diabétiques auraient aussi un trouble d’anxiété généralisée3. Ce pourcentage monte à 42 % quand la personne a des symptômes d’anxiété cliniquement significatifs.

Le diabète peut-il entraîner un trouble de l’alimentation?

Les troubles de l’alimentation sont aussi plus fréquents chez les personnes diabétiques que dans la population générale. En effet, plusieurs facteurs peuvent causer, maintenir et accroître le risque de comportements alimentaires problématiques. Ces facteurs comprennent :

  • les changements à l’alimentation,
  • la surveillance de la glycémie,
  • le contrôle rigoureux des repas,
  • la prise de poids causée par l’insuline.

Chez les adolescents, le diabète de type 1 semble être un facteur de risque de diaboulimie. De quoi s’agit-il? La diaboulimie est un trouble de l’alimentation propre aux personnes atteintes de diabète de type 1. Il consiste à réduire ou à omettre délibérément sa dose d’insuline afin de perdre du poids.

Le syndrome de fringale nocturne se manifeste surtout chez les personnes atteintes de diabète de type 2 présentant des symptômes de dépression. Il peut entraîner une prise de poids, un mauvais contrôle de la glycémie et une accumulation des complications liées au diabète.

Le diabète et la santé mentale : options de traitement

Les personnes souffrant de détresse liée au diabète ou d’un trouble psychiatrique devraient parler de leurs symptômes à un professionnel de la santé. Un professionnel qualifié peut aider à traiter les problèmes de santé mentale. Les données appuient aussi l’utilisation de thérapies cognitivo-comportementales (psychothérapie) et d’antidépresseurs (pharmacothérapie), seuls ou en combinaison.

Les médicaments ne font que réduire les symptômes psychologiques. Pour les adultes, la psychothérapie est donc plus susceptible d’atténuer les symptômes psychologiques et d’améliorer le contrôle de la glycémie que les médicaments seuls.

Pour les personnes atteintes de dépression modérée, combiner la thérapie cognitivo-comportementale à 20 minutes d’activité cardiovasculaire quotidienne peut avoir un effet très positif sur la dépression.

La clé du traitement de la détresse liée au diabète et des maladies psychiatriques, c’est de s’assurer que la prise en charge du diabète fait partie du programme de traitement de façon à cibler positivement les deux problèmes.

Avez-vous des avantages sociaux au travail? Vous pouvez communiquer avec votre programme d’aide aux employés pour obtenir du soutien. Des professionnels qualifiés sont là pour vous. Vous pouvez aussi utiliser votre compte Soins de santé si vous avez besoin d’équipement médical spécialisé.

N’oubliez pas, l’assurance-santé du gouvernement ne couvre pas tous les coûts de soins de santé. C’est pourquoi il est important de comprendre le régime de santé offert par votre employeur et d’en tirer avantage.

En savoir plus sur la prévention et la prise en charge du diabète :

1 Snoek, F. J., N. Y. Kersch, E. Eldrup et coll. « Monitoring of Individual Needs in Diabetes (MIND): baseline data from the Cross-National Diabetes Attitudes, Wishes, and Needs (DAWN) MIND study », Diabetes Care, vol. 34, 2011, p. 601-603.

2 Peyrot, M., R. R. Rubin, T. Lauritzen et coll. « Psychosocial problems and barriers to improved diabetes management: results of the Cross-National Diabetes Attitudes, Wishes and Needs (DAWN) Study », Diabetic Medicine, vol. 22, 2005, p. 1379-1385.

3 Snoek, F. J., N. Y. Kersch, E. Eldrup et coll. « Monitoring of Individual Needs in Diabetes (MIND): baseline data from the Cross-National Diabetes Attitudes, Wishes, and Needs (DAWN) MIND study », Diabetes Care, vol. 34, 2011, p. 601-603.