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Vie financière

19 novembre 2013

La pensée magique, ça ne vaut pas une cenne!

Autant l’avouer, je suis plutôt d’un naturel cigale, comme celle de la fable de La Fontaine. Mais j’ai fini par faire de moi-même, au bout du compte, une assez respectable fourmi.

Personne n’a jamais acquis une bonne situation financière avec des résolutions prises en janvier, et abandonnées en février. Suze Orman

Personne n’est mieux placé que moi pour reconnaître que la tentation de jeter son argent par les fenêtres est parfois très forte. Je n’ai qu’à déambuler devant deux ou trois vitrines pour y trouver toutes les raisons de compromettre mon budget. Qu’il s’agisse d’une nouvelle paire de bottes nettement trop chères, d’une œuvre d’art hors de prix ou encore d’une robe en solde qu’il serait péché de laisser passer, on dirait en effet que toutes les splendeurs unissent leurs pouvoirs de séduction afin de me détourner du droit chemin de ma planification financière. Franchement, si je m’écoutais parfois, mes revenus se transformeraient, à peine encaissés, en paiements de carte de crédit ou en retraits Interac.

Autant l’avouer, je suis plutôt d’un naturel cigale, comme celle de la fable de La Fontaine. Mais avec de l’aide, j’ai fini par faire de moi-même, au bout du compte, une assez respectable fourmi. Car entre vous et moi, sans les bons services de mon formidable comptable qui administre mes revenus avec rigueur depuis des lustres, j’aurais laissé dans les caisses des boutiques, au fil des ans, de quoi me bâtir une retraite plus que confortable. Pas un jour ne passe sans que je me félicite d’avoir eu tôt la sagesse de reconnaître mes faiblesses de gestionnaire, et de confier à un expert la logistique de mes finances.

Le temps, c’est de l’argent

Il faut bien dire que, en matière d’épargne, le temps joue un rôle primordial. Or, à force de croire qu’il est élastique, éternel et malléable, il finit malheureusement souvent par manquer. Et à force aussi de nous faire seriner que la recette du bonheur est dans l’ici et maintenant, nous tenons parfois pour acquise notre sécurité financière, confiants que l’avenir se suffira à lui-même sans que nous ayons à y consentir les sacrifices nécessaires.

En effet, la pensée magique, sans doute le plus dangereux ennemi de la planification financière, nous porte à croire que quand y en aura plus, y en aura d’autre. Comme si l’argent poussait dans les arbres, finalement, et qu’il nous suffisait de tendre le bras pour remplir à nouveau nos goussets vides. Par exemple, combien d’entre nous négligeons de cotiser régulièrement à notre REER en vue de notre retraite, convaincus qu’il n’y a pas urgence de le faire? Et tandis qu’elles dilapident leur salaire comme s’il n’y avait aucun lendemain, combien de femmes rêvent encore au prince charmant capable d’effacer leurs dettes et d’assurer jusqu’à la fin de leurs jours leur bien-être matériel?

La vie n’est pas un happy ending américain, malheureusement. La vérité, c’est que l’insouciance d’aujourd’hui mène dans la plupart des cas à l’indigence de demain. Et si vous croyez que je dramatise, parlez-en à mon amie Louise qui n’a jamais mis un seul sou de côté et qui, à 49 ans, vient d’être congédiée d’un job contractuel sans sécurité d’emploi. Faute d’argent pour payer son loyer, et incapable de trouver pour l’instant un nouveau travail, la voilà réduite à vendre sa voiture et à chercher une colocataire. L’hiver sera long.

«Quand je pense que je tire aujourd’hui le diable par la queue à la veille de mes cinquante ans, alors que toutes mes copines, elles, sont à l’heure de la récolte! Je m’en veux tellement, m’a-t-elle dit devant un thé fumant, il y a quelques jours. Toute cette misère pour des tailleurs qui ne sont déjà plus à la mode, pour des chaussures signées qui ont fini usées dans les poubelles, et pour des voyages dans le sud dont il ne me reste plus que des photos et un chapeau de paille! Si tu savais comme j’ai honte!»

- Et quels sont tes plans pour t’en sortir? lui demandai-je

- Eh bien, dit-elle, c’est justement pour ça que je voulais te voir… Tu n’aurais pas, par hasard, un 2 000 $ de lousse à me prêter, question de rembourser un peu ma marge de crédit? Je te remettrai ça très vite, tu sais.

- Et avec quel argent? risquai-je, en jetant un regard oblique à mon amie en soufflant sur mon thé.

- Ben voyons! Celui que je gagnerai cette année au 6-49, c’t’affaire! C’est écrit noir sur blanc dans mon horoscope! Et je ne vois pas de raison d’en douter…

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