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Vie financière

11 mai 2015

Endettement : comment reconnaître les signaux d'alarme?

Quand on a envie de se faire plaisir, les occasions de dépenser ne manquent pas. Mais comment reconnaître les signaux d’alarme et éviter de trop s'endetter? Trois spécialistes nous proposent des solutions.

Prêt auto, hypothèque, cartes de crédit, marges de crédit, « acheter maintenant, payer plus tard »… Il est facile de dépenser sans compter… et de s’endetter : toutes les statistiques le confirment. Alors, comment savoir où se trouve la limite à ne pas franchir?

Hélène Hétu est consultante budgétaire à l’ACEF Rive-Sud de Montréal. Des gens inquiets de leur situation financière, elle en rencontre des centaines par année. Pour beaucoup d’entre eux, les signaux d’alarme ne sont pas des chiffres mis sur papier, mais plutôt des événements qui s’accumulent. « Les gens ne font pas de budget, alors ils ne voient pas le surendettement venir, déplore-t-elle. Sauf qu'ils vivent toutes sortes de difficultés, qui finissent par indiquer que quelque chose ne va pas. C'est là qu'ils commencent à s'inquiéter. »

Signal no 1 : on commence à emprunter à droite et à gauche

Les exemples ne manquent pas. Emprunter de l’argent à des amis avant l’arrivée du chèque de paie. Puis répéter le manège, de deux semaines en deux semaines. Ou emprunter pour payer ses dettes. « J’ai vu un homme qui jonglait avec 18 cartes de crédit : il en utilisait une pour payer le solde d’une autre, et ainsi de suite », raconte Mme Hétu.

Attention aussi aux microprêts, une formule offerte par certaines entreprises de crédit et qui consiste à emprunter une « petite » somme de quelques centaines de dollars qui devra être remboursée entièrement quelques mois plus tard. Les taux d’intérêt sont souvent énormes (30 % à 40 %) et des frais astronomiques s’ajoutent : au final, il n’est pas rare de payer l’équivalent d’un taux d’intérêt annuel de 300 %!

Signal no 2 : on a du mal à payer les dépenses courantes

Quand on n'arrive plus à payer le loyer ou les factures d'électricité ou de téléphone, ou que des chèques nous reviennent parce qu'ils sont sans provision, c'est un signal que, normalement, on ne peut pas ignorer. Et, effectivement, le choc est souvent difficile. Mais il est facile alors de se dire que c'est temporaire, que tout rentrera dans l'ordre le mois suivant. Puis, quand la situation se répète, on essaie par exemple de s'en sortir en empruntant, alors on s'enfonce. Avec le temps, le découragement nous envahit et nous paralyse.

Signal no 3 : on se contente de payer le solde minimal des cartes de crédit

On ne réalise pas toujours que les taux d’intérêt des cartes de crédit sont très élevés. Il peut donc être utile, de temps à autre, de bien lire notre relevé de compte, et de calculer combien il faudra de mois (ou d'années?) pour rembourser au complet ce que l'on doit si l'on ne paie que le montant minimal dû chaque mois. Ce petit exercice est toujours efficace, parce que le résultat du calcul est surprenant. Les intérêts qui s'ajoutent à la dette la font grimper rapidement, et, plus on attend pour la rembourser, plus il devient difficile de le faire.

Trop endetté, c’est combien?

En 2014, selon le Bureau du surintendant des faillites du Canada, 26 137 Québécois ont déclaré faillite, et 17 754 autres, écrasés par leurs dettes, ont dû faire des propositions d’arrangement avec leurs créanciers. Pour éviter de se rendre jusque-là, ou pour vérifier si l’on ne s’en approcherait pas d’un peu trop près, on peut faire quelques calculs, explique Natasha Nystrom, agente des relations avec les médias de l’Agence de consommation en matière financière du Canada (ACFC).

« Au total, les paiements mensuels qu'impliquent les dettes à la consommation, c’est-à-dire toutes les dettes sauf les prêts hypothécaires, ne devraient pas représenter plus de 20 % de notre revenu brut par mois, dit Mme Nystrom. Et les paiements mensuels liés à la dette totale, c’est-à-dire quand on inclut le prêt hypothécaire, ne devraient pas en représenter plus de 35 % à 40 %. » Il est facile de faire ce type de calcul sur un site comme Mon ratio d'endettement ou sur le site de l’ACFC. Précisons que ces ratios sont ceux à partir desquels les gens auront de la difficulté à obtenir du crédit, ce sont donc des ratios déjà élevés. Rester sous la barre des 30 % pour la dette totale est préférable, selon Pierre Fortin, syndic chez Jean Fortin et associés.

Par ailleurs, pour éviter le surendettement, il faut faire la distinction entre les « bonnes » et les « mauvaises » dettes. Pour Pierre Fortin, une bonne dette est rattachée à un actif qui prendra de la valeur au fil des ans : le prêt hypothécaire en est le meilleur exemple. Mais attention! Une bonne dette peut parfois en cacher une mauvaise : c’est le cas quand un emprunt est justifié, mais que la somme empruntée est trop élevée. Un exemple? « Les gens ont tendance à contracter le plus gros prêt hypothécaire que la banque veut leur accorder, souligne M. Fortin. Or, une augmentation de seulement 0,5 % du taux d’intérêt sur une hypothèque peut représenter plusieurs dizaines de dollars de plus par mois, une situation difficile pour ceux qui sont déjà au maximum de leur capacité de payer. »

Comment reprendre le contrôle de la situation?

Ces quelques conseils seront utiles si, quand un signal s'allume, on en tient compte. La meilleure chose à faire, alors, pour ne pas s’enfoncer davantage, c'est de consulter quelqu’un pour trouver une solution.

Mais consulter, c’est justement ce que l'on hésite souvent à faire, déplore Hélène Hétu : « Quand ils réalisent qu'ils sont très endettés, les gens sont parfois aussi très découragés, et ils n’agissent pas, comme s'ils étaient convaincus que c'est impossible de s'en sortir. Bien sûr, agir demande un certain courage, puisqu’il faudra changer certaines habitudes et réduire son train de vie. Mais reprendre le contrôle de la situation peut aussi être une vraie libération. »

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