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Vie financière

20 février 2013

D’amour et d’argent

Avoir une calculette à la place du cœur ne favorise en rien les meilleures conditions amoureuses, mais…

Quand on aime, on ne compte pas. Ça tombe bien, je suis nulle en calcul.

— Anonyme

Le mythe romantique a la couenne dure, c’est bien le moins qu’on puisse dire. Pour une raison obscure, les femmes ont toujours eu tendance à croire que l’amour et le gros bon sens ne pouvaient faire bon ménage. Dans le sillage d’une mentalité judéo-chrétienne aussi solidement ment enracinée qu’un baobab, la plupart des filles ont de tout temps associé l’amour au don de soi. «Vivre pour celui qu’on aime, chantait Hélène Ségara, aimer sans rien attendre en retour.» Tu parles d’une recette parfaite pour réussir un fiasco financier… et amoureux!

Je sais bien que les tenantes de la passion pure et dure prétendent que la saveur de l’amour réside dans l’oubli de soi et que pour aimer vraiment, on doit apprendre à le faire sans compter. S’il est vrai qu’avoir une calculette à la place du cœur ne favorise en rien les meilleures conditions amoureuses, construire une relation durable ne peut se faire, en revanche, qu’en respectant les intérêts de chacun.

Quand les femmes en auront assez d’essuyer leurs ruptures amoureuses les poches vides en plus d’avoir le cœur en miettes, peut-être accepteront-elles de reconsidérer la manière dont elles négocient leur entrée dans la vie à deux. Je connais des femmes qui ont consenti à un partage ridicule des dépenses liées à leur vie de couple. Croyant le deal équitable, elles se sont chargées des frais d’électricité, de ceux de l’épicerie et de toute autre dépense du genre, laissant leur homme s’acquitter des paiements du prêt hypothécaire. Quand le glas de leur relation a malheureusement sonné, celles-ci n’ont récupéré de leur investissement pécuniaire que des restes de poulet au gingembre, quelques conserves de tomates et deux ou trois poches de riz du Club Price, tandis que monsieur a gardé la maison dont il s’était de toute manière assuré de rester l’unique propriétaire.

Évidemment, je ne nie pas que des abus semblables soient aussi régulièrement commis à l’encontre des hommes. Après tout, la peur de la solitude et la dépendance affective ne sont pas que l’apanage des femmes. Ce n’est un secret pour personne, des hommes en souffrent aussi, prêtant ainsi le flanc aux assauts cupides de femmes vénales et sans scrupules. Mais les femmes étant encore, dans notre société, bien plus nombreuses que les hommes à composer avec la pauvreté, il faut admettre que celles-ci sont plus souvent victimes d’ententes financières injustes au sein de leur couple. Les statistiques nous apprennent en effet qu’en 2005, 70 % des emplois à temps partiel étaient occupés par des femmes, et qu’en 2006, 70 % des emplois à salaire minimum étaient aussi détenus par des femmes1. Plus petit le pouvoir économique, moins grand le pouvoir de négociation. Come on, les filles, pas besoin d’avoir fait les HEC pour comprendre ça.

Tant que les femmes ne prendront pas conscience de l’importance de parler argent avec l’élu de leur cœur avant d’habiter sous le même toit, tant qu’elles n’exigeront pas une entente notariée pour officialiser les dispositions négociées, et qu’elles ne prendront pas leurs propres intérêts à cœur, elles risquent d’y perdre gros financièrement, en plus d’y esquinter leur estime personnelle. Le jour où, après des années de vie commune, j’ai moi-même mis fin à une union de fait avec pour tout bagage qu’un U-Haul petit format, un ensemble de vaisselle Ultramar, deux ou trois chaudrons cabossés et un amas de sacs verts, j’ai juré qu’on ne m’y reprendrait plus.

Les ruptures amoureuses sont déjà bien assez difficiles sans qu’on ait à en faire seule les frais, au propre comme au figuré. Avouez qu’on a bien assez de presque y laisser notre peau sans devoir en plus y laisser tout notre cash.

Dominique Bertrand est aussi l’auteure de Démaquillée, livre autobiographique où elle se livre en toute humanité, et du livre Le pot au rose, son premier roman, dans lequel elle nous invite à plonger dans l'univers savoureux de Florence.

 


1Valois-Nadeau, Fannie. La pauvreté des femmes : un enfer privé, une affaire publique. Montréal : R. des centres de femmes du Québec, 2008.

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