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Travail et retraite

28 octobre 2014

Quesse tu vas faire quand tu vas être grand?

Les choses évoluent si vite, de nos jours, que pour suivre le rythme et conserver notre expertise, il faut accepter de se soumettre à une formation sinon continue, à tout le moins périodique.

Un métier bien appris vaut mieux qu’un gros héritage

— Proverbe français

C’était en 1967, l’année de l’Expo. Madame Joly, notre professeur de quatrième année, venait de nous demander quel métier nous aimerions exercer une fois devenus grands. La question enthousiasmant grandement la majorité d’entre nous, les réponses fusaient de toute part dans des élans à peine contenus. Tandis que les garçons ambitionnaient de devenir policier ou pompier, hockeyeur ou médecin, les filles, elles, se disaient tentées par le métier d’enseignante ou de coiffeuse, ou encore par celui d’infirmière. Rien de bien original, vous me direz, quand on compare tout ça à la grande diversité des avenues professionnelles qui s’offrent aujourd’hui aux adultes en devenir.

Car les temps ont changé, c’est bien le moins qu’on puisse dire. Les 20 dernières années ont vu les horizons professionnels s’élargir comme jamais auparavant. Non seulement les femmes ont-elles maintenant accès aux métiers et aux professions autrefois uniquement réservés aux hommes, mais elles sont aussi parfois plus nombreuses qu’eux à les exercer. Par exemple, on sait qu’il y a depuis longtemps déjà plus de jeunes femmes que de jeunes hommes à l’école de médecine et autant de filles que de garçons à Polytechnique. Il y a aussi de plus en plus de femmes qui obtiennent leur diplôme de l’École nationale de police de Nicolet ou encore des écoles de mécanique automobile, tandis qu’on dénombre plus de femmes que jamais à la tête d’institutions financières. Bref, force est de constater que le phénomène des chasses gardées tant féminines, d’ailleurs, que masculines tend à disparaître. À preuve, les infirmiers ne sont plus rares, et les éducateurs en garderie non plus. Les plates-bandes sont maintenant à tout le monde, et les métiers n’ont plus de sexe. Yé. C’est pas Janette Bertrand qui va s’en plaindre.

Mais les changements en matière d’orientation professionnelle débordent largement de la question du sexisme. Ils concernent aussi l’apparition de nouveaux métiers, ce qui vient complexifier pour nos jeunes l’heure des choix professionnels, laquelle comportait déjà son lot de stress. En effet, avec les hautes technologies qui ne cessent de progresser, et avec la réalité écologique de plus en plus préoccupante, de nouveaux métiers naissent à la vitesse grand V, touchant ainsi tous les domaines. De celui de la santé à ceux de la gestion, en passant par le domaine des arts et des communications. Par exemple, saviez-vous qu’on peut aujourd’hui occuper les fonctions d’ingénieur en nanotechnologie, d'ingénieur Cloud et virtualisation, de web ergonome ou d'écoconcepteur? De grâce, ne me demandez pas ce que ça mange en hiver, je n’en ai aucune idée. Je suis de la génération des dactylos et des téléphones à roulette, et je peine encore à envoyer correctement mes courriels. Faque.

Tout ça pour dire que l’heure est plus que jamais à la formation non seulement pointue, mais continue. Fini le temps où l’on pouvait espérer obtenir un emploi lucratif et challengeant en l’absence d’une solide formation. Finie aussi l’époque où notre formation acquise sur les bancs d’école allait suffire tout au long de notre carrière. Car de nos jours, le monde dans lequel on embarque à vingt ans ne sera déjà plus le même à vingt-cinq. La vérité, c’est que, tel qu’on le connaît maintenant et tel qu’il continuera d’évoluer, ce monde ne saura plus que faire des nouveaux travailleurs dépourvus d’éducation, ni de ceux qui omettront de mettre leurs connaissances et leurs habiletés à jour.

Les choses évoluent si vite, de nos jours, que pour suivre le rythme et conserver notre expertise, il faut accepter de se soumettre à une formation sinon continue, à tout le moins périodique. Car nos connaissances d’aujourd’hui seront frappées de désuétude en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. On n’a qu’à regarder l’univers des télécommunications, de l’informatique ou de la santé pour s’en convaincre. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès, comme disait ma grand-mère. Le hic, c’est que pour le suivre, justement, il ne faut surtout pas s’arrêter. Les mamans et les papas qui, pour élever leur marmaille, sont restés quelques années à la maison pourraient vous le dire mieux que moi, il suffit de quelques années de pause pour que vous vous sentiez dépassé par les changements survenus pendant que vous aviez le dos tourné.

J’aimerais beaucoup arriver à un constat différent, mais il se trouve que les gens scolarisés ont de meilleures chances que les autres d’obtenir un emploi valorisant et rémunérateur. L’éducation vous garantit mieux que toute autre chose l’accès à la réussite professionnelle et aux métiers et professions les plus gratifiants. Évidemment, il y aura toujours des hommes et des femmes qui, sans passer par les bancs des collèges ou des universités, poursuivront une carrière éclatante et remarquable. On en trouve d’ailleurs des exemples dans beaucoup de champs d’activité. Mais force est de reconnaître que ceux-ci restent, si on veut, des cas d’exception. Car lorsqu’il est question de notre avenir professionnel, c’est encore l’éducation qui met les meilleures chances de notre côté et qui promet le plus grand nombre d’options et de possibilités d’avancement.

Pensez-y quand vos enfants auront envie de lâcher l’école à 16 ans pour une jobine, et que vous serez à bout d’arguments devant leur insistance. M’est avis que vous trouverez la force de leur tenir tête en relisant ce texte si merveilleux et si juste de Victor Hugo :

Pour faire un citoyen, commençons par faire un homme. Ouvrons des écoles partout. Quand on n'a pas en soi la lumière intérieure que donne l'instruction, on n'est pas un homme; on n'est qu'une tête du troupeau multitude, qui se laisse faire, et que le maître mène tantôt à la pâture, tantôt à l'abattoir. Dans la créature humaine, ce qui résiste à la servitude, ce n'est pas la matière, c'est l'intelligence. La liberté commence où l'ignorance finit.

Lettre écrite aux membres du Congrès international pour l'avancement des sciences sociales à Bruxelles le 22 septembre 1862

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