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Travail et retraite

27 mars 2014

Quand retraite rime avec passion

On ne peut pas décider de prendre notre retraite seulement sur un coup de tête. Si la fatigue que l'on ressent face au travail est souvent un déclencheur, il faut aussi pouvoir imaginer un avenir stimulant. Des spécialistes — et des retraités — nous offrent leurs conseils.

Elle est bien révolue, l’ère de la retraite-bingo. Aujourd’hui, on peut être retraités et travailler très fort… à notre bonheur.

Daniel Lessard

En 2010, le journaliste Daniel Lessard prenait sa retraite de Radio-Canada après près de 40 ans de bons et loyaux services. « Ça faisait trois ans que j’y pensais, raconte-t-il, mais j’hésitais, je me demandais ce que j’allais faire de ma vie. Un jour, j'en ai parlé à un ami, qui m’a donné ces deux conseils : d’abord, assure-toi d'aller vraiment au bout de ton travail, pour n'avoir aucun regret. Ensuite, trouve-toi quelque chose à faire qui va te captiver, sinon tu vas mourir d’ennui. »

Sages conseils, que Daniel Lessard a suivis à la lettre. Après s’être assuré qu’il avait bien fait le tour du jardin politique, il a ressorti un vieux manuscrit laissé en chantier des années plus tôt et s’est remis à l’écriture. Ainsi est né Maggie (Éditions Pierre Tisseyre), premier tome d’une trilogie romanesque qui allait devenir un best-seller.

Pour Daniel Lessard, la transition vers la retraite s’est avérée plus qu’heureuse : « L’écriture a été une formidable bouée de sauvetage. » Mais il aurait pu en être tout autrement, explique Sylvie Goyette, conseillère d’orientation, psychothérapeute et art-thérapeute : « À la retraite, on perd tous nos repères -- horaires, milieu de vie, sentiment d’appartenance, réseau. Ça peut être très éprouvant. C’est pourquoi on doit "re-traiter" notre vie. Comment? En faisant un bilan de vie : en retraçant notre parcours, nos réussites, nos échecs, nos moments de bonheur. On peut ainsi mieux cerner ce qui est important pour nous. » > Qu’est-ce qui nous nourrit, nous stimule, donne un sens à notre vie? Est-ce l’estime des autres, l’accomplissement, la reconnaissance, l’appartenance sociale? Est-ce le fait de se sentir utiles, compétents, d’avoir du plaisir? « Une fois qu’on a défini nos besoins, on peut continuer à les nourrir, estime Mme Goyette. Mais d’une autre façon. Sans pression sociale, sans l'anxiété liée à la performance. »

Le bilan de vie est aussi au centre des Cercles de legs, des groupes de discussion ouverts aux gens qui en sont au troisième tiers de leur vie active au travail, et que l’on retrouve un peu partout au Québec, et même en Suisse. Le principe : réunir de 6 à 12 personnes qui préparent leur retraite, les aider à faire le point sur leur legs professionnel, leurs bons coups, leurs réussites, avant qu'ils tirent leur révérence. « En faisant cette rétrospective, on voit bien ce qui a été important pour nous, ce qui a été difficile, ce qu’on veut garder et ce qu’on préfère abandonner, résume Diane Doyon, conseillère d’orientation et instigatrice de ces groupes. On tire des leçons du passé et on se fait un plan d’action. Et on se réserve toujours une période de "rêvassage". On se rêve. C’est très souvent dans ces moments-là que ce qui nous allume ressort. »

C’est ainsi que les artistes dans l’âme renoueront avec leurs anciennes amours -- leur flûte traversière ou leur guitare, leur boîte d'aquarelle ou leur cahier de poèmes. Ceux qui ont toujours soif d’apprendre s’inscriront à des cours -- universités du 3e âge ou leçons privées. Les éternels grégaires rejoindront les rangs d’un réseau de retraités actifs (visitez le site Web Les retraités flyés, vous verrez!). Mieux on se connaît, plus les choix viendront naturellement.

Pour Céline Cloutier, qui a pris sa retraite après 35 ans d’enseignement en sciences infirmières, l’épanouissement passait par trois objectifs : « D’abord, m’occuper de ma condition physique (je voulais être une belle vieille!); continuer d’apprendre tout en ayant du plaisir; et être utile auprès d’enfants. » Elle a commencé à faire du yoga, s’est inscrite à des cours de piano et s’est mise à faire du bénévolat pour Jeunes musiciens du monde, un organisme qui offre des cours de musique aux enfants de quartiers défavorisés. Aujourd’hui, à 66 ans, elle se dit comblée.

« Il s’agit de savoir ce qu’on veut faire », résume Daniel Lessard, qui se consacre aujourd’hui à l’écriture. Mais si l'on ne sait pas à quel saint se vouer? Si l'on a passé tellement d’années à s’occuper des autres, de notre travail, de notre famille, qu’on s’est perdus de vue? « Il existe des tests psychométriques qui vont nous aider à nous y retrouver, rappelle Élyse Palardy, elle aussi conseillère d’orientation. Des tests qui permettent d'évaluer nos intérêts, notre personnalité et nos valeurs, et la coïncidence des trois. Par exemple, on peut rêver de faire du théâtre, puis réaliser qu’on n’a pas du tout la personnalité qui convient. Ce genre de tests nous aide vraiment à mieux nous connaître. »

« L’important, c’est de continuer à nourrir nos besoins, conclut Sylvie Goyette, de garder une vie active, autonome, satisfaisante, et de se sentir intégrés socialement. » Si, en plus de toutes ces bénédictions, on a la forme et la santé, on a toutes les chances de vivre une retraite en or.

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