Passer à l'ouverture de session client Passer au contenu principal Passer au pied de page

Santé mentale

08 octobre 2015

Santé mentale au masculin : la dépression, différente chez les hommes?

Les symptômes de la dépression masculine pourraient parfois passer inaperçus, et il faut apprendre à bien les reconnaître. Voici quelques pistes.

Selon l’organisme Movember, la dépression affecte 840 000 hommes au pays chaque année, mais les symptômes de la dépression masculine passeraient parfois inaperçus. Comment apprendre à bien les reconnaître?

De façon caricaturale, on pourrait dire que les femmes dépressives pleurent beaucoup et se sentent tristes, alors que les hommes dépressifs sont irritables et s’isolent. Les deux sexes peuvent donc montrer leur détresse psychologique de façon différente. Pas toujours, cependant : « Une femme peut aussi faire une dépression de type "masculin" et un homme une dépression de type "féminin" », précise la docteure Marie-Josée Poulin, du département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’Université Laval et psychiatre à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Elle est également chercheuse pour la fondation Movember, un organisme mondial indépendant qui s’occupe de santé masculine dans 21 pays.

Elle ajoute que les ouvrages de référence en santé mentale donnent toujours un portrait « féminisé » de la dépression majeure. « On y voit avant tout une personne triste et fragile, qui se sent coupable, qui a une mauvaise estime d’elle-même et qui n’a envie de rien », explique-t-elle. Les médecins, qui lisent ces ouvrages, reconnaissent moins bien les symptômes des hommes et passent parfois à côté d’un diagnostic de dépression. C'est pourquoi on a longtemps cru qu’il y avait deux fois plus de dépressions chez les femmes; la réalité, selon les récentes recherches que cite la Dre Poulin, c’est qu’il y en a autant chez les deux sexes. « Beaucoup d’hommes déprimés ne cadrent tout simplement pas dans les critères diagnostiques actuels », précise-t-elle.

À quoi ressemblent donc les symptômes masculins ?

Un homme déprimé peut devenir très impatient et irritable, colérique et agressif. Il ne contrôle plus ses sautes d’humeur. « Il peut aussi avoir ce qu’on appelle des comportements d’évitement, qui signalent la détresse », explique Francine De Montigny, professeure en sciences infirmières et titulaire de la Chaire de recherche sur la santé psychosociale des familles à l’Université du Québec en Outaouais. Des exemples? Accumuler les heures supplémentaires, faire du sport intensivement, trop boire, aller souvent au casino, faire des investissements très risqués, avoir des comportements sexuels à risque ou confondre sa voiture avec un bolide de course.

Les hommes dépressifs s'isolent aussi parfois, en refusant de participer à des activités comme des soupers familiaux ou entre amis, ou encore en se retirant pour écouter de la musique ou surfer sur Internet. De plus, ils éprouvent souvent de vagues malaises physiques, qui vont de la sensation d’être fatigué, tendu et d’avoir mal partout à l’infarctus. « Ça s’explique par le fait qu’ils refoulent leurs émotions; très angoissés, ils sécrètent plus d’adrénaline et leur organisme subit un stress constant », résume la Dre Poulin. Par ailleurs, typiquement, les hommes évitent de parler de tristesse, de dépression ou de stress : ils sont mal à l’aise devant leur vulnérabilité. Ils souhaitent paraître forts, physiquement et mentalement, tout doit bien aller et ils ne doivent pas se plaindre. Ils sont donc nombreux à ne pas chercher d’aide pour soigner leur dépression.

Les symptômes doivent être présents depuis au moins deux semaines avant que l'on ne parle de dépression. « Il faut qu'il y ait un changement notable de l’humeur habituelle et que la personne ne puisse plus fonctionner normalement », explique la Dre Poulin. Mais les hommes déprimés continuent souvent de faire leur travail comme à l'habitude, et c'est à l'extérieur du travail qu'ils ne sont plus reconnaissables. Et quand on leur fait remarquer qu’ils ne sont plus les mêmes, qu’ils boivent beaucoup, conduisent trop vite ou ne parlent plus, ils répondent : « ça va passer ». Selon eux, il ne peut s'agir d'une dépression, puisqu'ils en ont vu les symptômes chez leur conjointe ou une amie – qui pleurait toute la journée, ne mangeait pas, ne s’habillait pas, n’avait plus aucun intérêt.  « La dépression masculine est ainsi masquée aux yeux des autres, mais aussi aux yeux de ceux qui en souffrent », déplore Francine De Montigny.

Que faire, comment aider ?

Le pire ennemi des personnes dépressives, c’est le silence autour de tout ce qui touche la maladie mentale. Il faut donc en parler ouvertement avec notre conjoint, par exemple, lui dire qu’on s’inquiète, et « le laisser s’épancher, ne pas lui couper la parole », explique la Dre Poulin. « Les amis, de leur côté, peuvent dire : "Je pense que tu as besoin de plus que seulement jouer au hockey trois heures par semaine", indique Francine De Montigny; ils peuvent aussi donner le numéro de téléphone d'une ressource, en ajoutant : "Appelle là, ils vont t’aider." »

Il faut également agir le plus rapidement possible. Contrairement aux femmes, les hommes ont tendance à ne réagir que quand ils sont au bout du rouleau. Il faut aussi ne pas les laisser seuls, parce qu'ils peuvent être dangereux pour eux-mêmes — surtout s'ils ont des idées suicidaires —, et pour les autres — quand ils adoptent des comportements d’évitement, comme conduire trop vite. Il est important que les hommes comprennent que demander de l'aide est un indice de force, de courage et de maturité, conclut la Dre Poulin : « L’urgence, ce n’est pas juste quand on fait 104o de fièvre. »

Articles Connexes