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Santé mentale

20 octobre 2017

Faire son coming-out au travail : un geste qui se prépare

L’homosexualité n’est plus la tare qu’elle a déjà été dans une société ouverte comme la nôtre. Pourtant, s’afficher ouvertement gai au travail ne se fait pas toujours sans heurts. Conseils pour être soi au boulot, le plus sereinement possible.

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Entre s’accepter en tant que personne homosexuelle et assumer pleinement cette identité au grand jour, il y a souvent un pas. Ou deux, voire plus. Pour certains, s’afficher au boulot est la dernière des étapes, celle qu’on assume lorsque le reste de notre entourage est au courant, selon certaines études citées par Line Chamberland, Chaire de recherche sur l’homophobie (UQAM). « On note que le coming-out est généralement progressif et sélectif et que la majorité des gens le vivent bien. Ça se passe généralement comme suit : amis, famille et, enfin, milieu de travail. Cela dit, de 30 à 35% des gens choisissent de ne pas s’afficher au travail. »

En effet, les embûches sont encore réelles. Jay, 47 ans, occupait un poste important dans la fonction publique. Il a choisi de se révéler à un collègue et sa gestionnaire n’a pas apprécié. La situation est vite devenue intenable : « Elle m’a reproché de ne pas être franc avec elle. Peut-être aurait-elle préféré que je lui annonce en premier. Bref, j’ai fini par accepter un poste moins prestigieux et moins bien payé dans un autre ministère, pour pouvoir être moi. C’était un coup dur, mais je veux juste m’accepter comme je suis, après avoir passé 24 ans avec ma femme, à mentir sur qui j’étais vraiment. »

Le milieu dans lequel on travaille joue un rôle important sur la façon dont ce sera perçu. « Il est plus aisé de faire un coming-out dans des milieux de travail où les femmes sont majoritaires et/ou qu’elles occupent des postes de direction, car elles sont généralement moins homophobes, » relate Bill Ryan, professeur adjoint à l’École de travail social de l’Université McGill. Cela rejoint l’expérience d’Oswaldo, 32 ans, qui craignait de révéler son homosexualité au travail. « J’étais nerveux de me heurter à leur jugement. Ce sont surtout des dames pieuses, plus âgées, de l’âge de mes parents. Mais le milieu de la mode est bien connu pour son ouverture à l’homosexualité; ça s’est vraiment très bien passé. Mieux encore que lorsque je travaillais en cuisine comme pâtissier, où il y avait une bonne quantité de taquineries à ce sujet. »

Cela dit, rappelons que la Charte canadienne des droits et libertés protège les travailleurs contre toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle et qu’on n’a pas à bêtement endurer un milieu de travail qui nous serait hostile ou intenable. À cet égard, il peut être  intéressant de bâtir un lien de confiance avec un supérieur ou un conseiller en ressources humaines de notre entreprise. Ces personnes sont responsables de défendre nos intérêts et de corriger les comportements inappropriés d’autres employés, s’ils s’avèrent. Et les compagnies ont tout avantage à proposer un milieu de travail ouvert et tolérant, pas seulement pour se conformer à la loi, mais aussi pour créer un sentiment d’appartenance qui mène à la rétention d’employés.

Et si c’est notre collègue qui se confie, en plus de lui offrir un accueil respectueux, on peut faciliter la transition en défendant aussi ses intérêts. C’est à chacun de promouvoir la tolérance en s’élevant contre les comportements et les commentaires disgracieux. « Les collègues doivent intervenir ! rappelle Bill Ryan, en disant ‘Je ne trouve pas ça drôle/C’est inapproprié.’ C’est ainsi que le progrès social opère. C’est beaucoup trop difficile pour les personnes homosexuelles de confronter seules l’homophobie. » Parce que, rappelle le professeur, les valeurs professionnelles dans un environnement professionnel signifient ÊTRE professionnel. Le concept du ‘vivre ensemble’ s’applique à tous. C’est ainsi qu’on bâtit un milieu où il fait bon travailler.

Conseils pour amorcer son coming-out

  • Être vraiment prêt. Il n’y a pas de règle absolue à savoir si on est vraiment prêt à s’afficher au travail. I faut avant tout s’accepter soi-même et assumer complètement cette partie de notre personnalité.
  • Trouver un allié. On se confie à un collègue en qui on a confiance, qui nous accepte tel qu’on est. Et si les choses tournent mal, on aura un témoin qui pourra corroborer nos propos en cas de recours.
  • Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon. C’est à nous de voir comment on procède : en usant d’humour, en glissant simplement dans une conversation « je suis allée camper avec mon chum/ma blonde » ou en usant des points communs pour démystifier une vie qui peut sembler étrangère à certains, comme en parlant de nos enfants, notre maison, etc. Line Chamberland déconseille les annonces publiques formelles, comme dans le cadre de rassemblements professionnels.
  • Ce n’est pas nécessaire de devenir le porte-étendard de la cause. On évite les grands sermons sur l’intolérance ou les interdits religieux ce n’est pas le moment. Il est tout à fait possible de se faire respecter comme individu sans défendre la cause. On pourra toujours le faire plus tard, quand les choses seront claires.
  • Se préparer au pire, aussi. Malheureusement, l’homophobie est encore bien présente chez certains. Et parfois, un coming-out inspire des propos d’incompréhension, d’appréhension ou de dénigrement. On n’a pas à accepter de tels commentaires, mais on doit savoir qu’ils existent. On est le mieux placé pour savoir comment aborder le sujet avec des personnes qu’on soupçonne moins tolérantes. On peut aussi éviter carrément ces personnes et se confier uniquement aux gens qui nous appuieront.

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