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Prévention et soins

10 janvier 2016

Pamplemousse et médicaments : un cocktail parfois dangereux

Votre médecin ou votre pharmacien vous a dit d’éviter le pamplemousse avec l'un des médicaments que l'on vous a prescrits? Vous devez prendre cette recommandation au sérieux. Voici pourquoi.

Si un médecin ou un pharmacien vous avisait d’éviter le pamplemousse avec l’un des médicaments que vous prenez, vous seriez peut-être sceptique. Pourtant, c'est sérieux! Ce fruit plein de vitamine C peut en effet faire des dégâts quand on le combine avec certains médicaments courants comme l’érythromycine (un antibiotique) ou la lovastatine (contre le cholestérol).

Les effets possibles de ce mélange? Insuffisance rénale ou respiratoire, saignements gastro-intestinaux, arythmies cardiaques et destruction de muscles. Dans certains cas, la combinaison peut même être mortelle.

Ces réactions sont possibles dans le cas d'environ 90 médicaments, selon les résultats de recherches concluantes à ce jour. L’action du pamplemousse sur certains médicaments est en fait connue depuis une vingtaine d’années. Mais le pharmacologue clinicien David Bailey, du Lawson Health Research Institute, en Ontario, vient de découvrir que la liste des médicaments qui transforment le populaire agrume en fruit défendu s’allonge sans cesse.

«L’augmentation se fait au rythme de six nouveaux médicaments par année, et principalement en raison de la découverte de nouvelles formules chimiques», explique-t-il dans son étude Grapefruit-medication interactions: Forbidden fruit or avoidable consequences? Et, selon le pharmacologue, la communauté médicale sous-estime encore les sérieux problèmes de santé que peut causer le mélange de certains médicaments avec le pamplemousse.

Pourquoi craindre le pamplemousse ?

Notre organisme perçoit tout médicament comme un intrus et travaille immédiatement à l’éliminer. Seul un certain pourcentage de l’ingrédient actif d'un médicament réussit donc à atteindre la circulation sanguine; par exemple, ce chiffre n'est que de 15 % dans le cas de la félodipine, un médicament qui abaisse la tension artérielle.

Mais l’une des substances que contient le pamplemousse, les furanocoumarines, détruit une enzyme intestinale très importante dans ce travail de l'organisme pour éliminer les substances étrangères. Résultat : l’ingrédient actif de certains médicaments ne se dégrade pas comme il le ferait normalement, et il s’accumule dans le sang. «Quand on prend de nouveau le médicament, le lendemain par exemple, on déclenche un surdosage, explique Diane Lamarre, pharmacienne et présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Or, dans le cas de certains médicaments, ce surdosage peut être très dangereux.»

Par exemple, un pamplemousse entier peut chambarder l’effet de certains antiarythmiques et occasionner des torsades de pointe, une forme d’arythmie cardiaque sévère. Ou encore, avec certaines statines très courantes pour combattre le cholestérol, le pamplemousse peut contribuer à détruire du muscle squelettique.

Les médicaments en question font partie de grandes familles qu’on utilise pour traiter l’hypercholestérolémie, le diabète, les infections des voies urinaires et les problèmes gastro-intestinaux et cardiovasculaires. La liste comprend aussi des antibiotiques, des anti-inflammatoires, des antidépresseurs, des anxiolytiques, des immunosuppresseurs et des hormones de substitution. Tous les médicaments qui se combinent mal au pamplemousse ont trois caractéristiques en commun : ils sont pris par la bouche, ils atteignent normalement la circulation sanguine en faibles quantités et ils sont métabolisés par la même enzyme intestinale.

Conseils pratiques

Les personnes de 45 ans ou plus qui prennent plusieurs médicaments sont plus susceptibles d’être touchées, indique David Bailey. Il est toutefois impossible de prévoir avec précision qui sera affecté, car les réactions varient selon les individus. Mais, parce que l’action puissante du pamplemousse détruit les sentinelles intestinales pendant trois jours avant que de nouvelles apparaissent, Diane Lamarre recommande d’aller au plus simple : ne pas consommer de pamplemousse si l'on prend l’un des médicaments avec lesquels une interaction peut se produire.

Et quand on parle du pamplemousse, on ne parle pas que du fruit, mais aussi du jus et du concentré congelé. Les oranges de Séville (souvent utilisées dans les marmelades), la lime et le pomélo (une variété de pamplemousse disponible à certains moments de l’année) sont également des fruits défendus avec les médicaments en question. Par contre, les oranges sucrées et les citrons ne produisent pas cet effet. «Il ne faut pas paniquer si on mange un demi-pamplemousse à un moment donné; l'important, c'est de ne pas en manger de façon régulière quand on prend un des médicaments de la liste», indique Diane Lamarre.

Mme Lamarre recommande de vérifier de temps en temps auprès d'un pharmacien ou d'une pharmacienne que l’un ou l’autre des médicaments que l'on prend (qu'il soit prescrit ou en vente libre) n'interagit pas avec le pamplemousse. «Car on en découvre toujours de nouveaux et ça évolue très vite», ajoute-t-elle.

Avis aux inconditionnels du pamplemousse : certains des médicaments qui réagissent à cet agrume (et aux trois autres de la même famille) peuvent souvent être remplacés par un autre qui est sans danger. Il s'agit donc de consulter un médecin.

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