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Prévention et soins

27 août 2013

L’enfer, c’est la ménopause

Enfant, j’ignorais que la majorité des femmes – y compris moi-même – étaient un jour immanquablement flabbergastées par une malédiction qui peut transformer une petite camisole de soie en un insupportable sauna.

«On s'est fait mettre dehors de l'Hôtel de Glace, j'avais fait fondre le lit.»

— Lise Dion, dans son numéro sur la ménopause tiré de son spectacle Le temps qui court.

J’ai bien surpris ici et là, pendant mon enfance, quelques bribes de conversations au sujet de cette calamité, et j’ai aussi décelé, à l’occasion, quelques dérèglements thermiques douteux chez les sœurs de mon père qui, s’épongeant le front et la nuque sans relâche d’un kleenex chiffonné, soupiraient comme des otaries en jouant au Romain 500. Mais pour tout dire, j’ignorais, à cet âge, que la majorité des femmes – y compris moi-même – étaient un jour immanquablement flabbergastées par une malédiction dont la principale caractéristique est de transformer la plus petite des camisoles de soie en un insupportable sauna.

Si vous traversez cette période maudite qu’est la ménopause, il y a pas mal de chances que vous sachiez de quoi je parle. Il se peut même que pendant que vous lisez ces lignes, d’insoutenables bouffées de chaleur vous fassent transpirer comme un lutteur sumo et vous empourprent le visage dans le temps de le dire. À moins, bien sûr, que vous ne vous adonniez plutôt à la lecture de ce texte alors que vous êtes la proie d’une insomnie tenace contre laquelle aucune tisane ne peut rien.

Selon les études portant sur la fréquence, la durée et la sévérité des symptômes liés à la ménopause, il appert que trois femmes sur quatre en sont atteintes pendant au moins un an suivant l’arrêt de leurs menstruations. Les statistiques nous apprennent aussi que près de la moitié des femmes ménopausées en souffriront pendant cinq à dix ans après l’arrêt de leurs règles, et certaines jusqu’à l’âge de 70 ans. Tout un party wet t-shirt en perspective, si vous voulez mon avis, mais pas exactement du genre auquel on penserait.

Mais qui sont ces chanceuses qui échappent complètement à la kyrielle de désagréments que nos vieilles tantes appelaient le retour d’âge? Elles sont rares, mais elles existent bel et bien. C’est le cas, notamment, de ma copine Dany, maquilleuse réputée, qui n’a rien ressenti des emmerdes décrites dans les ouvrages publiés sur la question. Sa ménopause est pour ainsi dire passée comme une lettre à la poste. Oui madame. De quoi faire rager toutes celles qui, comme moi, passent la moitié de leurs nuits toute nue devant la fenêtre ouverte, même par 40 degrés sous zéro, ou affalées devant la «clim». À vrai dire, rien de tous ces malaises divers n’est intervenu pour brouiller la tranquillité de mon amie. Aucune bouffée de chaleur nocturne, et zéro douleur articulaire. Et comme si ce n’était pas assez frustrant d’entendre ça, cette fille a continué de dormir comme un loir durant toute sa ménopause sans même éprouver l’ombre d’un battement cardiaque anarchique, affliction qui fait aussi partie des conséquences possibles du tarissement hormonal.

Je préfère vous dire tout de suite qu’on est loin de ma situation personnelle, puisque je crois avoir eu droit à tous les symptômes extrêmes reconnus par les spécialistes du sujet. En consultant le formidable livre Les hormones au féminin, écrit par la Dre Sylvie Demers, j’ai pu en effet constater qu’aucune des horreurs de la ménopause ne m’avaient épargnée. En plus des chaleurs qui me font désormais éprouver une réelle compassion pour les aliments cuits au micro-ondes, je supporte les déluges d’adrénaline inopinés que m’envoient mes surrénales à toute heure du jour ou de la nuit, et je vois apparaître des poils là ou il n’y en avait encore jamais eu. Beurk! Depuis quelques années déjà, je dois aussi composer comme je peux avec une irritabilité fluctuante, joli terme pour désigner les crises de baboune qui surgissent sans raison, et que mon entourage ne se gêne d’ailleurs pas de me reprocher. Mais ce n’est pas tout. J’oublie des noms, je perds mes clés, je soigne tour à tour toutes sortes d’affections dont le nom finit en ite, et ma libido a besoin d’aide. Bref, comme le chantait notre Clémence nationale, je vis ma ménopause.

Étant donné que la prise d’hormones bio-identiques – les seules qui, selon la Dre Demers, soient vraiment recommandables – n’a pas amélioré ma situation, j’ai décidé de m’en passer. Mue par un désir de me montrer tout de même proactive, je prends à la place des granules homéopatiques de Belladonna (ne riez pas), je visite Martine, ma si précieuse ostéopathe, et je bois un verre de vin rouge par jour pour me relaxer le pompon. Bref, j’essaie d’être créative devant ce monstre tentaculaire qu’est ma ménopause, ce qui me pousse parfois à faire des choses vraiment ridicules qui font hurler de rire mon mari. Comme de m’approprier ce tapis réfrigérant destiné aux animaux de compagnie, et que j’ai glissé sous mon drap contour dans l’espoir de rafraîchir mes nuits.

Bon. Il n’est pas dit que vous aurez à faire face aux mêmes ennuis que moi, lorsque la cinquantaine frappera à votre porte. Si ça se trouve, il est tout à fait possible que les choses se passent plutôt bien, et que l’hormonothérapie de remplacement vous sauve de l’enfer. Mais s’il advenait que vous ayez à affronter un envahisseur aussi tenace que le mien, j’imagine que vous apprécierez d’avoir été prévenue des défis qui vous attendent.

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