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Prévention et soins

18 juin 2014

L'art de voyager en altitude

Voyager en altitude, ce n'est pas comme aller à la mer : notre organisme doit s'adapter au manque d'oxygène. Deux spécialistes nous parlent des précautions essentielles à prendre pour faire un bon voyage.

Parce qu’il y a moins de pression en altitude, donc moins d’oxygène, le cœur bat plus vite, à la recherche de son carburant vital. À partir d'environ 2 500 mètres, on peut donc se sentir essoufflé.

Des milliers de voyageurs débarquent pourtant chaque année à l'aéroport de La Paz, en Bolivie, à 3 600 m, ou de Quito, en Équateur, à 2 800 m, ou encore prennent la remontée mécanique pour se rendre à 4 000 m dans les stations de ski du Colorado. Le mont Kilimandjaro (en Tanzanie), très fréquenté pour ses trekkings, trône à 5 900 m.

«Quand l’essoufflement cesse après quelques minutes de repos, il n’y a aucun problème. Le corps est en train de s’adapter », indique l’omnipraticienne et urgentiste Anne-Marie Charest, spécialiste de la médecine en altitude et d’aventure. Il faut de 24 à 48 heures pour que notre organisme réagisse et s'adapte à l’hypoxie, la diminution de la quantité d'oxygène dans le sang; et, pour la majorité des gens, il faut ensuite compter de 1 semaine à 10 jours pour s'acclimater à l’altitude.

Des symptômes à surveiller

Mais environ deux personnes sur cinq peuvent souffrir du « mal aigu des montagnes » (MAM), qui se déclenche surtout à partir de 3 000 m. Il faut alors prendre au sérieux les signaux qu’envoie le corps.

« Contrairement à ce que croient beaucoup de personnes, le MAM n’a rien à voir avec la forme physique, rappelle Bernard Voyer. Le MAM peut frapper, peu importe le sexe, l’âge, la condition physique, ou même la façon dont ça s’est passé les fois précédentes en altitude. » Pour leur part, les personnes souffrant d’angine de poitrine instable ou de maladies pulmonaires doivent s’abstenir d’aller en altitude.

Le MAM léger ou modéré s’annonce par un mauvais sommeil, des nausées, la perte d’appétit et des maux de tête (quoiqu’il soit impossible d’aller en altitude sans avoir mal à la tête). Plusieurs se sentent faibles, épuisés physiquement et mentalement. S’ajoutent aussi des vertiges, un état proche de l’ébriété et le souffle court même au repos.

S’il s’agit d’un MAM léger ou modéré, les symptômes disparaissent avec des analgésiques ordinaires (acétaminophène, aspirine, ibuprofène). Il faut alors se reposer et ne continuer à monter qu’à la disparition des symptômes, en modérant notre allure; et, au-delà de 3 000 m, il ne devrait pas y avoir plus de 300 à 500 m de différence d’altitude entre deux nuits successives. Cela n’empêche pas d’aller plus haut le jour, pourvu qu’on redescende pour dormir.

En revanche, si le mal de tête et la nausée persistent malgré les médicaments, il faut réagir. « Ne pas s’en occuper et continuer à monter devient alors dangereux », prévient Anne-Marie Charest.

Un outil pratique : le score de Hackett

Pour déterminer ce que vous devez faire, le score de Hackett est une autoévaluation pratique, voici comment cela fonctionne. Attribuez-vous un point si vous avez un ou plusieurs des symptômes suivants : maux de tête, nausées, pas d’appétit, insomnie, visage enflé, vertige ou tête légère. Ajoutez deux points si vos maux de tête résistent aux analgésiques ordinaires ou si vous vomissez. Ajoutez trois points si vous avez l’un des symptômes suivants : difficulté à respirer même au repos, lassitude sévère, moins d’urine, absence de coordination des mouvements.

Entre un et trois points, vous souffrez d’un léger MAM; entre quatre à six points, d’un MAM modéré. Avec six points et plus, on est toutefois en danger : on doit descendre au plus vite d’au moins 500 m et se soigner, et ne tenter de remonter, s’il le faut, qu’après la disparition complète des symptômes.

Le MAM, si on ne s’en occupe pas, peut déclencher deux complications graves : l’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) ou, plus rarement, l’œdème cérébral de haute altitude (OCHA). En l’absence de tout traitement, l’OPHA fait une victime sur deux. Mais 19 personnes sur 20 s’en sortent si elles redescendent à temps et reçoivent de l’oxygène.

« On ne dira jamais assez à quel point il importe de s’acclimater, mais les gens le font rarement », déplore Anne-Marie Charest. « Si je devais aller dans une ville située en altitude, j’essaierais idéalement de l’atteindre par étapes », conseille Bernard Voyer. Bref, de courtes vacances font mauvais ménage avec les hauts sommets!

Un médicament préventif

Mme Charest ajoute qu’il existe un classique pour prévenir le mal de l’altitude, disponible seulement sur ordonnance : l’acétazolamide (Diamox). À raison de 250 mg par jour, et à condition de le prendre avant et pendant le séjour en altitude, ce médicament atténue les symptômes de l’hypoxie, et peut soigner le MAM. Son effet diurétique peut faire perdre du potassium et il est déconseillé aux personnes allergiques aux sulfamides. Passez dans une clinique du voyage pour vous faire expliquer comment l’utiliser.

Pour en savoir plus :

  • Une bonne lecture : Le mal des montagnes, par Pascal Daleau, aux éditions Expé-Trek Conseil, Québec, 2008. 106 pages.
  • Pour suivre Bernard Voyer : bernardvoyer.com

Et bien sûr, avant de partir, n’oubliez pas de vous doter d’une assurance voyage afin de vous protéger contre les frais médicaux surprise. Une telle assurance vous fournira de l’aide quand vous serez loin de chez vous.

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