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Prévention et soins

02 février 2015

La e-cigarette: pour ou contre?

Depuis l’apparition de la e-cigarette sur le marché québécois, on en fait tout un tabac. Que doit-on en penser? Des experts partagent leur avis sur ce sujet brûlant.

Nom d’une pipe!

De loin, la cigarette électronique ressemble à une clope traditionnelle. La différence : au lieu d’aspirer de la fumée de tabac, les « vapoteurs » (ceux qui la « fument ») inhalent, entre autres, de la nicotine qui est contenue en différentes concentrations dans un liquide (le e-liquide) chauffé grâce à une pile. Il en existe aussi une version sans nicotine, aromatisée dans bien des cas. Les fabricants et les distributeurs assurent que des millions de personnes dans le monde ont adopté ce dispositif et en retirent des bienfaits.

Mais qu'en est-il exactement? « La cigarette électronique n’émet pas de fumée et ne fait pas de combustion. En ce sens, elle est moins nocive pour les poumons que la cigarette ordinaire », explique Mélanie Champagne, coordonnatrice, Questions d’intérêt public, à la Société canadienne du cancer (SCC). Le hic, toujours selon la SCC, c’est qu’aucune recherche n’a été effectuée pour démontrer son innocuité. Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, abonde dans le même sens : « On ne connaît pas l’effet à long terme du propylène de glycol inhalé, un des ingrédients du e-liquide. »

Une thérapie gagnante ou non : telle est la question

Certains spécialistes ne désapprouvent pas ce gadget comme moyen de se débarrasser de la tabacomanie. Le Dr Gaston Ostiguy, pneumologue et directeur de la clinique d’abandon du tabagisme à l’Institut thoracique de Montréal, a pu observer que l'utilisation de la e-cigarette (combinée à d’autres traitements et toujours sous surveillance professionnelle, précise le médecin) semble efficace dans certains cas. « Les personnes qui viennent à notre clinique, explique-t-il, n'ont pas seulement un problème de tabagisme,  mais souffrent aussi d’emphysème sévère, par exemple. Très souvent, il leur est impossible d’abandonner à froid la cigarette. Si elles choisissent la cigarette électronique pour calmer leur envie de fumer, je ne le déconseille pas. »

Qu’en est-il du côté de la recherche? Le Dr Ostiguy cite une étude italienne* qui démontre que des gens auraient arrêté ou diminué leur consommation de tabac grâce à la e-cigarette. Mais, à son avis, la question mérite qu’on s’y attarde davantage. Mme Doucas renchérit : « On reconnaît le potentiel de la e-cigarette comme aide aux fumeurs surtout lorsqu’elle est prescrite par un médecin, mais il y a beaucoup d’incertitude quant à ses bénéfices à long terme. Par exemple, une étude américaine** montre que, parmi les fumeurs qui ont essayé d’écraser pour de bon, ceux qui ont opté pour la cigarette électronique étaient plus nombreux à continuer de fumer la cigarette ordinaire sept mois plus tard. »

Zone grise : prudence

Parce qu’on est dans le brouillard, Santé Canada, appuyé par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, déconseille l’usage de ce type de produit. Cependant, malgré l’interdiction de vente au Canada des versions contenant de la nicotine, les vapoteurs s'en procurent entre autres grâce à Internet. Quant aux e-cigarettes sans nicotine, elles sont facilement disponibles, puisqu'on en vend par exemple dans les dépanneurs. Ce qui fait sourciller certains intervenants du milieu de la santé, qui considèrent que la cigarette électronique encourage tout ce qui est associé au tabagisme. Mélanie Champagne, de la SCC, mentionne par exemple que de jeunes non-fumeurs en font l’essai : « Cela les habitue au “geste” de fumer et normalise l’usage du tabac. Sans compter que, pour certains d’entre eux, il pourrait y avoir développement d’une dépendance à la nicotine cachée dans la e-cigarette. »

Il faut être dans les vapes pour ignorer que la cigarette électronique a envahi notre marché. D’où l’importance de réagir rapidement selon plusieurs spécialistes. « Il est urgent que Santé Canada demande des analyses chimiques, maintient le Dr Ostiguy. On doit savoir ce que ceux qui l'utilisent inhalent. » D’autres réclament une réglementation. « C’est malheureux que les fabricants n’aient pas à prouver l’innocuité ou l’inefficacité de leurs produits. On devrait s’assurer qu’il y a une vérification de la qualité, que l’étiquetage est fidèle au contenu et qu’on respecte les normes de protection des consommateurs. En l’absence de tout cela, la e-cigarette devrait être assujettie à la Loi du Québec sur le tabac», affirme Flory Doucas. Bref, une histoire qui n’a pas fini de faire du boucan…

Le Dr Ostiguy fait référence à une étude menée par des chercheurs de l’Université de Catane. ** Publiée dans le journal scientifique américain Nicotine Tobacco Research en mai 2013.

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