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Saine alimentation

27 février 2014

Les progrès de la génétique transformeront-ils le domaine de la nutrition?

Manger certains aliments et en éviter d’autres en fonction de notre bagage génétique? Nutrigénétique et nutrigénomique : les régimes santé que des scientifiques nous préparent pour demain.

Quand on doit surveiller ce que l'on mange pour des raisons de santé, les nutritionnistes nous proposent des régimes sur mesure : celui d’une personne diabétique diffère de celui d’une personne souffrant d’hypertension, par exemple. Mais la science nous permettra peut-être bientôt de franchir un autre pas en matière de nutrition : les régimes personnalisés, liés à notre bagage génétique.

C’est en tout cas ce que nous promet une science en devenir dans deux domaines : la nutrigénétique, qui se concentre sur les réactions individuelles aux nutriments (la difficulté de perdre du poids peut par exemple être liée à certains gènes), et la nutrigénomique, qui étudie le rôle que peuvent avoir les aliments dans l’expression des gènes (certains aliments inciteraient par exemple certains gènes à s’exprimer, puis à déclencher des maladies).

Génétique et alimentation

« La relation va dans les deux sens, explique Béatrice Godard, directrice des programmes de bioéthique de la Faculté des études supérieures de l’Université de Montréal, qui s’intéresse à la génétique humaine et médicale. Les aliments ont un impact sur les gènes et les gènes ont un impact sur les aliments. En nutrition, nous pourrons donc bientôt utiliser des tests génétiques qui seront très utiles. »

Des chercheurs ont déjà découvert, par exemple, que le gène Taq1 A1 influence la motivation à manger. Le café, par ailleurs, aurait un effet hypertenseur ou, à l’inverse, antihypertenseur, selon les gènes de l’individu qui en boit. Et l'on sait maintenant que des centaines de mutations génétiques peuvent influencer le métabolisme des aliments ou le mode d’action des éléments nutritifs, comme l'expliquait un article paru dans L’actualité en avril 2009.

« Il est clair qu'il y a des liens entre notre alimentation et notre bagage génétique », explique Louis Pérusse, professeur en kinésiologie à la Faculté de médecine de l’Université Laval et organisateur du congrès mondial de nutrigénomique qui s'est tenu à Québec à l’automne 2013. « Nous savons déjà que plusieurs facteurs, dont l'alimentation, modulent l’expression des gènes. » Certains aliments ou nutriments agissent en effet comme un « interrupteur électrique », en stimulant ou, au contraire, en freinant l’expression d’un gène. Alors, si ce gène peut déclencher une maladie, pouvoir en contrôler l'expression grâce à l’alimentation est plus qu’intéressant.

De la théorie...à la pratique

Cela étant dit, les régimes « sur mesure », selon nos gènes et nos mutations génétiques particulières, ne sont pas encore une réalité. Pourtant, sur Internet, des entreprises offrent déjà des régimes censés correspondre à notre profil génétique. Mais, prévient Louis Pérusse, « on a encore besoin de preuves scientifiques pour pouvoir utiliser cette approche en nutrition personnalisée ».

Il faut donc se méfier des sites où l'on prétend nous proposer, grâce à l’analyse de six ou sept gènes, la meilleure alimentation qui soit pour nous -- cela nécessitant ensuite, bien sûr, l'achat de suppléments sur les sites en question... En fait, ces sites fournissent des conseils très généraux, calqués sur ceux de la santé publique. « Vu l’état actuel des connaissances scientifiques, la validité et l’utilité d’une très grande majorité de ces tests sont contestables et incertaines. Les mettre sur le marché me semble totalement prématuré », explique Thierry Hurlimann, chercheur associé au programme de bioéthique du Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal.

Et l’avenir?

Selon Louis Pérusse, la connaissance du rôle des gènes dans la réponse de notre organisme à l’environnement — entre autres à notre alimentation — représente un pas de plus vers ce que l’on appelle la médecine personnalisée, qui englobe l’alimentation, le sport et les médicaments. « Les diététistes commencent à être sensibilisées à l’information qui fait un lien entre gènes et aliments, dit-il. Elles sont de plus en plus conscientes que, pour des raisons génétiques, certains individus dévient de la moyenne par rapport aux recommandations générales. Des recommandations personnalisées répondraient donc mieux à leurs besoins. La génétique appliquée à l’alimentation permettra un jour de fournir cet outil supplémentaire. »

Mais, si l’information génétique des individus est aujourd’hui facilement accessible, le défi est ailleurs : « Nous sommes inondés d’informations sur le génome humain, dit Louis Pérusse. Il faut maintenant réussir à traiter adéquatement ces informations pour arriver à donner des recommandations appropriées. »

Et, ensuite, il faudra aussi que les individus suivent les conseils personnalisés qu’on leur fournira... « Il reste un énorme travail à faire sur les comportements, conclut Béatrice Godard. Je ne vois pas pourquoi la nutrigénomique rendrait les gens plus proactifs par rapport à leur santé. On sait tous que la malbouffe n’est pas bonne, mais on en mange quand même! »

Pour suivre les travaux de l’observatoire de la génétique

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