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Vie et collectivité

16 mars 2015

Un héritage qui n’a pas de prix

Quand c'est possible, léguer de l'argent en héritage à nos enfants est rassurant. Mais qu'ils sachent qui nous étions et quelles étaient nos valeurs est plus important encore, nous disent une psychologue et des parents.

Vous avez prévu léguer un héritage financier à vos enfants et, si votre budget vous le permet, il se peut même qu’ils puissent en profiter de votre vivant. Mais, au-delà de l’argent, que voulez-vous laisser à ceux qui vous survivront?

Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, travaille actuellement à la rédaction d’un essai qui portera sur notre rapport à l’argent : «On ne lègue pas un héritage financier simplement pour transmettre de l’argent, mais aussi pour maintenir un lien, explique-t-elle. L’être humain a de tout temps été incapable d’accepter que la vie a une fin; c’est ce qui le distingue des animaux. C’est pour compenser cette réalité inéluctable qu’on transmet la vie, mais aussi la richesse qu’a été notre vie», ajoute-t-elle.

Et cette richesse peut prendre bien d’autres formes que celle de l’argent. On peut par exemple vouloir transmettre des valeurs, une philosophie de vie, une passion. La médaillée olympique Sylvie Fréchette se souvient ainsi d'avoir reçu l’amour de la nature en héritage de son grand-père. «Il prenait du temps avec moi pour observer le coucher du soleil, la position des étoiles, un renard un peu trop maigre, les aurores boréales. À mon tour, j’essaie de transmettre ça à mes filles», dit-elle.

Pour sa part, afin de transmettre un peu d’elle-même à ses petits-enfants, Danièle Henkel a pris la plume. «Le plus bel héritage que je peux leur léguer, c’est ma biographie, et je l’ai écrite en pensant à eux, dit-elle. Bien sûr, ils auront accès à des vidéos où j'apparais, mais c’était important pour moi de leur raconter mon histoire.» Sa biographie, Quand l’intuition trace la route, relate sa réalité de femme d’affaires, mais aussi la route qu’elle a empruntée pour y parvenir.

Certes, publier un livre dans une grande maison d’édition n’est pas à la portée de tous. Mais collectionner des souvenirs, consigner des mémoires et rassembler des photos font partie de l’héritage que l’on peut léguer à nos enfants. «Au cours des réunions familiales, on fait des montages-photo et on copie des DVD pour tout le monde», raconte Stéphane Richard, l’animateur de l’émission du matin à Rouge FM, qui abordait récemment cette question à la radio.

«Laisser des traces est extrêmement important, estime Rose-Marie Charest. Le meilleur moyen de faire un deuil, c’est d’intégrer nos bons souvenirs grâce à un appui matériel, ce qui nous permet d'être habités à nouveau par la personne qui est disparue.» Laisser un héritage peut donc être aussi simple que cela. Mais, explique Mme Charest, c’est de notre vivant que l’on transmet le mieux nos valeurs; et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est d’être un modèle : «Ce qu’on est parle beaucoup plus fort que ce qu’on dit», précise-t-elle. «On doit prêcher par l’exemple», dit de son côté Stéphane Richard, qui s’efforce d’avoir un comportement exemplaire devant ses deux filles.

Danièle Henkel estime également que c'est en incarnant ses valeurs qu'elle a pu transmettre ce qu’elle a de plus précieux à ses enfants. Plusieurs mères craignent de ne pas être assez présentes pour leurs enfants, mais, pour Mme Henkel, travailler avec acharnement pour parvenir à ses fins était le meilleur moyen de leur enseigner que l’on n’obtient rien sans effort. «On ne peut pas demander à nos enfants d’être ce qu’ils ne sont pas, dit-elle. Ils ont leur personnalité, leurs amis, leurs influences, et on n’a pas de contrôle là-dessus. La seule chose qu'on peut espérer, c’est d’incarner les valeurs qu’on veut transmettre de façon assez attrayante pour qu’ils y adhèrent.» Et la formule semble avoir fonctionné puisque les quatre enfants de Danièle Henkel, aujourd'hui adultes, ont repris les rênes de l’entreprise de leur mère.

Toutefois, transmettre nos valeurs ne signifie pas imposer notre mode de vie ni nos choix de vie. Ainsi, pour Sylvie Fréchette, il n’était pas question de transmettre de force des «valeurs olympiques». «J’ai tout fait pour que mes filles ne ressentent pas de pression et sachent qu'elles n'étaient pas obligées de marcher dans les pas de leur mère, dit-elle. Pourtant, si vous demandez aujourd'hui à ma plus vieille, qui est adolescente, ce qu’elle veut faire dans la vie, elle vous répondra qu’elle veut participer aux Jeux olympiques en nage synchronisée, puis aller travailler au Cirque du Soleil!»

Voilà sûrement le genre de choses qui fait plaisir à des parents. Mais attention! Les enfants peuvent changer d'idée en vieillissant, et, d'ailleurs, comme l'explique Stéphane Richard, «il se peut que nos enfants adoptent des valeurs différentes des nôtres; mais, par le souvenir qu’ils auront de nous, ils sauront au moins ce qui était important pour nous». Et ce que nous leur léguons.

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